Fenêtres sur le passé

1875

Instruction sur le Typhus contagieux dans le Finistère

Source : Le Finistère octobre 1875

 

Instruction sur le Typhus contagieux dans le Finistère

 

Permanence du typhus dans le Finistère.

 

Parmi les maladies endémiques qui désolent le Finistère, il en est une sur laquelle il importe d'appeler

tout particulièrement l’attention des populations à cause de sa fréquence et de son caractère contagieux.

 

Cette maladie est le typhus.

 

Le typhus règne dans le Finistère depuis une époque très-ancienne ;

mais ce n'est qu'à la fin de 1872 qu'il a été reconnu dans la maladie épidémique qui dépeuplait

alors le village de Rouisan, près de Brest.

 

C'est la même maladie qui a frappé les collèges de Lesneven et de Pont Croix au commencement de 1873,

et qui, pendant la même année et l'année suivante, a ravagé les cantons du nord de l'arrondissement de Brest,

en même temps qu'elle se montrait, tantôt sous forme de petites épidémies, tantôt par cas isolés,

dans un grand nombre de localités des autres arrondissements.

 

C'est enfin le typhus qui, sous le nom de fièvre typhoïde, décime depuis de longues années nos populations rurales, et c'est toujours lui qu'actuellement encore on peut voir dans différents points des arrondissements de Brest,

de Quimper et de Morlaix.

 

Il existe presque partout, avec plus ou moins d'intensité, semblant s'éteindre dans certains endroits

pour se rallumer ailleurs, diminuer encore et reparaître ensuite dans des cantons déjà éprouvés,

mais où de nouveaux aliments lui sont offerts.

 

Différant en cela de certaines maladies épidémiques d'origine, exotique, qui, comme le choléra,

s'abattent sur une contrée et disparaissent, le typhus reste fixé dans le Finistère,

dans le Morbihan et peut-être dans toute la Bretagne, comme il l'est en Irlande,

parce qu'il trouve dans nos campagnes des conditions favorables à sa permanence.

 

Il est en effet peu de communes de notre département où l'on ne se souvienne d'avoir vu une ou plusieurs épidémies de cette fièvre contagieuse, dont la nature est encore aujourd'hui généralement méconnue

et qu'il faut enfin appeler par son vrai nom.

Sur 100 cas de typhus, il y a en moyenne 20 décès.

 

Il est évident qu'une maladie qui donne une telle mortalité,

pour ainsi dire sans interruption, doit entrer pour une large part dans la diminution des 20,000 âmes constatée dans le département par le dernier recensement.

 

Il est donc important que les populations apprennent

à reconnaître et à combattre cette maladie.

 

Symptômes du typhus.

Voici les signes les plus apparents auxquels

on peut reconnaître le typhus:

Les premiers symptômes consistent en un sentiment de malaise

et de fatigue accompagnée d'étourdissements et de mal de tête.

 

L'appétit diminue et le sommeil se trouble.

 

La fièvre commence par des frissons, bientôt suivis de chaleur.

 

Le mal de tête et l'abattement augmentent.

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La figure devient rouge, les yeux s'injectent, la langue blanchit, la fièvre s'accroît.

 

Du quatrième au sixième jour se montre une éruption rouge, qui ressemble assez à celle, de la rougeole

et qui occupe le ventre, la poitrine, le dos, gagnant très souvent les membres,

mais n'envahissant presque jamais le visage, ce qui la distingue de l'éruption de la rougeole.

 

Ces taches sont parfois assez nombreuses et assez rapprochées pour donner à la peau une coloration rouge

presque uniforme.

 

Au bout de quelques jours, elles palissent et prennent un aspect livide.

 

Quelquefois l'éruption est passagère et peu abondante, mais il est rare qu'elle ne s'aperçoive pas encore

au commencement de la convalescence.

 

Pendant la présence de cette éruption la maladie ne s'amende pas.

 

Le délire, d'abord léger, devient plus marqué, parfois même il est bruyant et agité.

 

Cependant le mal de tête a disparu, mais les idées ont perdu de leur clarté, les réponses sont lentes,

la langue devient sèche, souvent raide et brunâtre.

L'ouïe est dure, la peau acquiert une sensibilité particulière ;

le malade reste plongé dans un assoupissement continuel.

 

Mais vers la fin de la deuxième semaine la fièvre tombe, une amélioration rapide se prononce

et la convalescence commence.

 

Celle-ci généralement courte chez les gens robustes, peut, dans certains cas, traîner en longueur et être difficile.

 

La mort, quand elle a lieu, arrive en moyenne du douzième au quinzième jour.

Dans les cas très-graves elle peut survenir dès le cinquième

ou le sixième jour.

 

Elle peut aussi arriver tardivement par suite de complications et quand le malade a été mal soigné.

 

Mais la guérison est plus fréquente,

surtout si le malade reçoit des soins intelligents

et se trouve placé dans de bonnes conditions d'hygiène.

 

Disons enfin que, comme dans toutes les maladies,

il y a une infinité de nuances dans la gravité du typhus,

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depuis les cas les plus légers jusqu'aux plus graves, et que les symptômes de la maladie varient

suivant les épidémies comme suivant les individus.

 

Signes distinctifs du Typhus et de la fièvre typhoïde

 

Le typhus, avons-nous dit, existe dans le Finistère depuis une époque très-ancienne

et a toujours été pris jusqu'à ces derniers temps pour la fièvre typhoïde.

 

Il importe de faire cesser cette fâcheuse confusion.

 

Les deux maladies ont bien des ressemblances, mais avec un peu d'attention on peut les distinguer l'une de l'autre.

 

La fièvre typhoïde est beaucoup plus fréquente dans les villes que dans les campagnes.

 

Le typhus au contraire, excepté aux époques de calamités publiques, s'attache aux populations rurales.

 

La fièvre typhoïde se montre ordinairement par cas isolés et n'est pas sensiblement contagieuse.

 

Le typhus est très contagieux, procédant généralement par groupes,

frappant une famille entière et se transmettant de la manière la plus évidente.

 

La fièvre typhoïde est une maladie de la jeunesse, elle attaque très rarement l'âge mûr ; les vieillards en sont exempts.

 

Le typhus n'épargne aucun âge.

 

La fièvre typhoïde est en général une maladie longue et dangereuse.

 

Le typhus a une durée plus courte.

 

Il est moins souvent mortel, proportionnellement.

 

Il guérit ou tue plus vite.

 

Le début de la fièvre typhoïde est assez lent.

 

La période d'invasion du typhus est plus rapide et le délire et autres symptômes graves se montrent plus tôt.

 

Pendant la première période du typhus, le visage et les yeux sont plus ou moins rouges.

 

Cela n'a pas lieu dans la fièvre typhoïde.

 

Au début du typhus, il y a très habituellement de la constipation et le ventre reste plat ;

parfois, vers la fin de la maladie, il peut se gonfler légèrement.

 

La diarrhée se montre dès le commencement de la fièvre typhoïde et le ballonnement du ventre est la règle.

 

Dans le typhus on voit presque toujours l'éruption rouge dons nous avons parlé.

 

Dans la fièvre typhoïde on voit assez souvent des tâches rouges ressemblant à des piqûres de puce,

mais ces tâches sont très-peu nombreuses et très espacées ;

on en compte une demi-douzaine, deux trois douzaines au plus sur le ventre et au bas de la poitrine

Elles ne gagnent pas les membres,

n'existent pas par centaines et par milliers

comme dans le typhus et ne s'accompagnent

pas de petites tâches d'un brun livide.

 

La sensibilité de la peau et des chairs notée dans le typhus

ne se remarque pas dans la fièvre typhoïde.

 

On n'a la fièvre typhoïde qu'une fois dans la vie.

 

Il en est de même du typhus.

 

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Mais, être atteint de l'une de ces deux maladies, ne préserve pas de l'autre.

 

Enfin, il y a entre les deux maladies d'autres différences que le médecin seul peul apprécier

et qui sont invariables et caractéristiques.

 

Tels sont les signes tirés de la marche de la température du corps observée au thermomètre

et ceux que donne l'ouverture de l'intestin.

 

Mais nous ne donnons ici que les caractères faciles à constater.

 

Mode de propagation du typhus.

Contagion par les personnes et par les objets,

Persistance du miasme contagieux.

 

Le typhus peut naître spontanément dans certaines conditions exceptionnelles d'encombrement

et de misère qui peuvent se rencontrer dans les villes assiégées, dans les camps, à bord des vaisseaux,

dans les prisons, les hôpitaux, etc. ;

mais celui qui règne actuellement dans le Finistère, ne naît et ne se propage que par contagion ;

de sorte qu'un cas de typhus étant donné, on peut presque toujours remonter à sa source.

 

Que dans une ferme une personne soit atteinte de la maladie,

et bientôt la plupart des personnes qui habitent la même pièce, quelquefois toutes, tombent malades.

 

Parmi les parents et amis qui viennent les visiter et les soigner,

quelques-uns sont atteints à leur tour et vont porter la contagion chez eux,

et ainsi, de proche en proche, les localités voisines sont envahies.

 

Ce sont les émanations exhalées par le malade qui empoisonnent ceux qui s'y exposent.

 

Les effets, le lit, la chambre du malade s'imprègnent de ces émanations, de ce miasme du typhus

et deviennent souvent l'intermédiaire de la contagion.

 

Ainsi, ou peut voir des blanchisseuses, par exemple,

contracter le typhus pour avoir lavé le linge des malades sans s'être approchées d'eux.

 

On peut voir des personnes atteintes en allant demeurer ou seulement passer quelques heures dans un logement

qui a été habité par des malades et qui n'a pas été aéré et désinfecté.

Le miasme du typhus est doué d'une grande ténacité.

 

Il reste longtemps fixé aux murs et au mobilier des chambres et surtout aux vêtements et aux objets de literie,

et il peut être transporté au loin tout en conservant

ses propriétés contagieuses.

 

Or, il est difficile de trouver des conditions plus favorables

à la conservation d'un tel poison que dans les fermes du Finistère

où la propreté et les règles les plus élémentaires de l'hygiène

sont inconnues, où les logements, dont le sol est formé

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de terre battue, sont bas, sombres, encombrés, sans air et sans aération possible,

où les lits, servant à plusieurs générations, sont profonds, clos comme des armoires,

garnis de paillasses épaisses et rarement renouvelées, etc.

 

Il est évident que dans ces habitations le miasme contagieux doit se fixer et se renouveler

par la production successive de nouveaux cas de typhus, et il suffit presque de savoir

que cette maladie a fait une apparition dans le département, pour admettre qu'elle a dû y rester.

 

Dans les classes aisées de la société, le typhus se transmet difficilement et s'éteint bientôt,

parce que les habitations sont mieux aménagées, plus propres, plus aérées,

et que les règles de l'hygiène y sont mieux observées.

 

Dans les classes pauvres, au contraire, et chez nos cultivateurs dont les demeures sont telles

que nous venons de le dire, où toute la famille habite la même pièce et s'entasse dans des lits fermés,

il est impossible que le typhus n'exerce pas ses ravages.

 

Alors on voit le nombre des malades s'accroître en raison de la fréquence des relations,

de la durée des visites et de la susceptibilité de ceux qui n'ont pas encore été atteints.

 

L'épidémie diminue lorsque la plupart des gens de la localité ont été éprouvés,

et le typhus ne se montre plus que par cas isolés ;

puis, au bout de quelques années, quand un certain nombre d'individus nouveaux

et aptes à contracter la maladie se trouvent réunis dans la même localité, les mêmes faits se reproduisent.

 

Soins à donner aux malades.

 

La présence permanente du typhus est, pour la civilisation d'un pays,

une tache que les progrès des lumières et du bien-être doivent faire disparaître un jour.

 

Mais en attendant ces progrès dont la réalisation est si lente chez nous, l'administration,

après avoir montré le danger a le devoir d’indiquer aux gens de la campagne les moyens

de l'éviter et de le faire cesser.

 

Quand un individu est atteint du typhus, la première chose à faire est de l'isoler dans une chambre spacieuse

et facile à aérer, et de le coucher, non dans un de ces lits clos qui sont aussi dangereux pour le malade

que pour ceux qui le soignent, mais dans un lit ordinaire, sans rideaux, ou même sur une table garnie d'un matelas,

car il est indispensable que l'air puisse se renouveler constamment autour du malade,

sans toutefois le frapper trop directement.

 

À cet effet, les portes et les fenêtres devront être ouvertes aussi souvent

et aussi longtemps que le temps le permettra.

 

Le malade ne doit pas être surchargé de couvertures ;

il doit être tenu avec la plus grande propreté ;

il est bon que ses cheveux et sa barbe soient coupés et que sa bouche soit nettoyée fréquemment.

 

Sa chemise et ses draps seront souvent changés et plongés dans l'eau bouillante aussitôt que quittés.

Son vase sera vidé immédiatement, non à la porte de la maison,

mais a quelque distance ou dans une fosse

et après avoir pris la précaution d'y ajouter du chlorure du chaux

ou quelqu'autre désinfectant.

 

Tous les matins, et même deux fois par jour,

tout le corps du malade devra être, au moyen d'une grosse éponge ou de quelque chose d'analogue, lavé rapidement et largement

avec de l'eau fraîche en été, dégourdie en hiver.

 

On peut y ajouter un peu de vinaigre

ou frotter du savon sur l'éponge.

 

Ces lavages, qui peuvent se faire dans un grand baquet

où l'on tient le malade assis ou debout,

ne doivent pas durer plus d'une ou deux minutes.

 

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Ils sont suivis de quelques heures de bien-être et le plus souvent ils suffisent à amener la guérison

tout en diminuant beaucoup les chances de contagion.

 

Ils doivent être continués jusqu'à complet rétablissement.

 

Le malade ne doit pas être maintenu à la diète.

 

Pendant les premiers jours on lui donnera du bouillon ou du lait par petites quantités à la fois.

 

Dès qu'il commencera à aller mieux, on lui offrira de petites soupes ;

mais il faut éviter les aliments solides car ils ne seraient pas digérés.

 

Les tisanes sont inutiles.

 

Le malade peut boire de l'eau fraîche, de l'eau et du vin, de l'eau sucrée, de l'eau et du miel, etc. ;

mais il ne doit boire que peu à la fois.

 

La plupart des cas de typhus peuvent être soignés par les moyens que nous venons d'indiquer

et sans qu'il soit besoin de médicaments.

 

Cependant il peut être utile, au commencement de la maladie,

de faire vomir et de donner une cuillerée d'huile de ricin.

 

Mais l'usage répété des purgatifs est en général mauvais.

 

Dans les cas graves il faut appeler le médecin, qui, seul,

peut juger de l'utilité de quelques sangsues derrière les oreilles ou de quelque remède,

tel par exemple que le mélange usité en Irlande et composé de quinze à vingt centigrammes d'émétique

avec quinze à vingt gouttes de laudanum, ou bien de différents autres moyens de traitement.

 

Quand toutes les prescriptions qui viennent d'être énumérées

sont suivies régulièrement et avec intelligence

dès le commencement, on est certain, non seulement de sauver

la plupart des malades, mais encore de restreindre considérablement les chances de contagion.

Précautions à prendre pour éviter la contagion.