Fenêtres sur le passé

1871

Notice sur le Choléra

Source : L’Électeur du Finistère septembre 1871

 

Précautions sanitaires anti-cholériques.

 

NOTICE SUR LE CHOLÉRA

 

Le choléra est une maladie miasmatique déterminée par des miasmes particuliers, provenant de la décomposition

de matières animales et végétales, sous certaines influences électriques et atmosphériques,

de même que la typhoïde, la variole, etc., sont déterminées par des miasmes particuliers à ces maladies.

 

Peu importe que les miasmes cholériques soient composés de microzoaires, animalcules ,

ou de microphytes végéticules, ou simplement de gaz minéraux, d'après l'opinion des savants,

il faut les détruire, les décomposer par des réactifs, chimiques.

 

Formés d'atome s très-subtils, échappant à l'analyse, inodores, n'affectant pas les sens,

ils sont d'autant plus dangereux, puisqu'ils n'accusent leur présence que par leur action morbide.

 

L'absorption des miasmes cholériques provoque une inflammation tellement aiguë sur tout le parcours

du tube digestif qu'elle ne tarde pas à donner la mort si des soins immédiats et intelligents ne sont pas prodigués.

 

La génération des miasmes cholériques est spontanée dans tous les pays, partout où existent

les éléments propices à leur développement.

 

La théorie qui assigne exclusivement le Gange comme lieu d'origine des miasmes cholériques

d'où ils se répandent sur le monde entier, a endormi l'Europe dans une fausse sécurité.

 

Cette quiétude trompeuse a été souvent trompée par l'explosion soudaine du choléra.

 

Pendant qu'on signalait au loin la marche, l'invasion du fléau, la maladie se déclarait en Europe

et faisait bien des victimes.

Certes, les bords du Gange, par leur insalubrité exceptionnelle,

engendrent un choléra permanent ; mais l'Europe et tous les pays du monde peuvent aussi engendrer le choléra s'ils offrent les mêmes éléments d'insalubrité que les bords du Gange.

 

Il faut avouer que si le choléra ne peut être originaire d'Europe,

il a une forte prédilection pour ce pays où il s'est si bien acclimaté

qu'il y règne toujours.

 

C'est même une maladie européenne.

 

Bien des épidémies meurtrières qui ont autrefois si souvent désolé l'Europe, n'étaient sans doute que le choléra même,

mais pas encore connu sous ce nom.

 

L'importation du choléra a lieu par l'air et les personnes.

 

L'air, d'après les directions des vents, peut transporter les miasmes cholériques dans les lieux les plus opposés,

mais on a remarqué qu'ils ne s'étendaient qu'à un faible périmètre du foyer d'infection

où ils étaient en quelque sorte stationnaires.

 

Aussi la théorie qui les fait partir des bords du Gange pour envahir tous les pays du monde,

est quelque peu fantaisiste.

 

Bien des exemples le prouvent ;

ainsi, peu de temps après la bataille de Sadowa, le choléra éclate subitement dans le camp prussien

et décime l'armée , de plus, tous les pèlerinage s de la Mecque , sont marqués par des cas de choléra,

au Caire où les pèlerins campent et laissent se putréfier, sous le soleil brillant de l’Égypte, les détritus

et les débris d'animaux sacrifiés, enfin en France, tous les ans plusieurs régions sont atteintes par l'épidémie.

 

Pour expliquer cette apparition du choléra, faudra-t-il admettre qu'il a été importé

par des miasmes cholériques indiens, partis du Gange, venus s'abattre exprès sur le camp prussien,

sur les caravanes des pèlerins au Caire et sur certaines localités de la Franc e ?

 

N'est-il pas plus rationnel de reconnaître que les miasmes cholériques se sont formés, développés par place,

par des causes d'insalubrité ?

 

Ce qui confirme d'ailleurs l'observation c'est principalement par les personnes que le choléra est importé

d'un lieu à un autre.

 

Ayant respiré, absorbé des miasmes cholériques pendant leur séjour dans un lieu infecté,

elles prennent le germe de la maladie qui les frappe ensuite dans leur résidence ;

malheureusement on ne peut encore préciser la durée de l'incubation de la maladie.

 

Seulement, on a observé, dans les localités infectées, quelle se déclarait sous peu de temps,

chez les personnes qui avaient dû, par leur position, absorber des miasmes cholériques.

 

Le choléra peut être importé par les marins des navires fréquentant des pays infectés ;

mais après une longue traversée, non marquée par des cas de choléra, tout danger d'importation disparait.

 

L'incubation de la maladie ne peut durer des mois entiers.

 

L'importation des miasmes cholériques par les hardes est contestable.

II serait extraordinaire qu’une personne portant des vêtements

qui en seraient imprégnés ne subit pas leur influence pernicieuse pendant le cours du voyage.

 

Ce serait seulement lors de son arrivée à destination

qu'ils se développeraient et se propageraient

d'une manière effrayante.

 

Cette supposition n'est guère admissible.

 

Le choléra est contagieux, non par le contact des personnes atteintes,

mais par les miasmes se dégageant toujours des déjections des malades et de la décomposition des cadavres.

 

On a fait remarquer que les personnes, possédant une alimentation tonique et aromatique,

jouissaient d'une certaine immunité pendant l'épidémie.

 

En effet, l'absorption des miasmes, cholériques a pour résultat d'irriter tout l'intestin,

de produire une sécrétion abondante de mucosité intestinale, au point d'enlever presque tout le sérum du sang.

 

De là l'épaississement du sang qui ne circule plus dans les vaisseaux, et par suite de cette stagnation du sang,

des crampes, des tâches bleuâtres de l'algidité et la suppression de la sécrétion des glandes.

 

Or, les toniques, les aromatiques ont la propriété de maintenir, de conserver, d'entretenir la fluidité,

la liquidité du sang.

 

Pour combattre l'effet des miasmes cholériques, il est donc nécessaire d'employer des diffusibles,

comprenant les toniques, les aromatiques, les huiles essentielles, volatiles, qui, rapidement absorbés et introduits dans le torrent circulatoire, ont une action stimulante instantanée sur la circulation du sang.

 

Aussi, toutes les préparations pharmaceutiques, administrées aux cholériques, contiennent quelques diffusibles

tels que menthe, camphre, camomille, vanille, alcool, eau de fleurs d'oranger, etc.,

afin de rétablir la circulation du sang, de ramener la chaleur, d'exercer une réaction salutaire dans tout l'organisme.

Devoirs des Municipalités

 

Avant la maladie.

 

Quand on signale quelques cas de choléra en France , toutes les communes doivent se mettre sur leur garde,

car il est alors certain que la décomposition des matières animales et végétales, sous les influences électriques

et atmosphériques, produit des miasmes cholériques.

 

Le devoir de la municipalité d'une commune

est de prendre toutes les mesures de préservation, réclamées par l'intérêt public pour prévenir la génération des miasmes cholériques.

 

À cet effet, il faut éloigner tout fumier, tout immondice des habitations, faire répandre des désinfectants

sur les matières animales et végétales en décomposition qui sont les véritables générateurs des miasmes cholériques en conséquence dans tous les lieux d'aisance,

veiller à l’extrême propreté des habitations, des cours, des rues, afin d'assurer la salubrité de l'air respirable,

appliquer rigoureusement la loi sur les logements insalubres, procurer aux malheureux une nourriture fortifiante, principal préservatif du choléra, des bouillons aromatisés par l'ail et les clous de girofle, des plats de viande et de légumes, relevés par des épices.

 

À cette fin, la municipalité pourrait établir des fourneaux économiques, où elle distribuerait ces aliments gratuitement aux indigents et à prix réduit aux ouvriers.

 

Pendant la maladie .

 

Dès que l'épidémie a fait son apparition dans une commune, la municipalité doit redoubler de zèle et d'activité

pour assurer la salubrité publique et arrêter ainsi les progrès de la maladie.

 

Elle doit afficher et publier cette recommandation urgente : appeler un médecin à la moindre diarrhée,

à la moindre cholérine.

 

Car la diarrhée prémonitoire, la cholérine, prélude avertissant du choléra, soignée de suite, guérit facilement ;

mais, négligée, elle dégénère ordinairement en choléra intense, souvent incurable.

 

Les victimes de l'épidémie se comptent toujours parmi les personnes insouciantes qui ont négligé de soigner,

à temps, la diarrhée, la cholérine.

 

Les cas de choléra foudroyant sont très rares, si même il en existe.

 

Peu ou beaucoup de diarrhée précède toujours le choléra.

 

La municipalité doit encore donner à ses administrés quelques conseils hygiéniques, tels que redoubler de propreté, aérer souvent les appartements, se vêtir chaudement, renoncer à l'ivrognerie, boire le moins possible d'alcool,

prendre de préférence vin rouge ou blanc, infusions de thé ou de tilleul, ou de feuilles d'oranger, ou de café noir, pur, non mélangé de chicorée ;

s'abstenir de boissons froides, glacées, causant toujours une fâcheuse impression sur l'intestin ;

manger le moins possible de laitages et de crudités, se nourrir plutôt de viandes, de légumes cuits au gras,

aromatisés par l'ail et les clous de girofle, de riz au gras avec kari et safran, de fruits cuits.

 

Dans le régime alimentaire, il faut prescrire tout ce qui pourrait provoquer un dérangement intestinal,

toujours dangereux au milieu d'une atmosphère empoisonnée de miasmes cholériques.

 

L'établissement des fourneaux économiques est d'une nécessité absolue pendant la durée de l'épidémie,

afin d'assurer aux malheureux une nourriture fortifiante.

 

La municipalité doit prévenir les malheureux qu'elle leur donnera gratuitement visites de médecin,

médicaments et désinfectants.

 

Reculant devant tous ces frais, ils ne font souvent aucun cas de la diarrhée, d'autant plus qu'elle n'est pas douloureuse, la laissent s'aggraver, se transformer en choléra, favorisent ainsi la propagation de la maladie.

 

Si parfois ils appellent un médecin, ce n'est qu'à la dernière extrémité, lorsqu'il est trop tard.

 

La municipalité doit enjoindre aux personnes qui soignent les cholériques de répandre tout de suite des désinfectants sur les déjections alvines et stomacales, c'est-à-dire les selles et les vomissements des malades,

afin de les décomposer sur le champ ; puis de ne pas les laisser séjourner dans les appartements,

de les enfouir en terre, s'il est possible de saturer de désinfectants les lieux d'aisance qui les reçoivent,

de ne pas les jeter dans les rivières et les ruisseaux, car il est démontré que les matières des selles

et des vomissements, abandonnées à la fermentation, engendrent en peu de temps des miasmes cholériques,

qui peuvent, en conséquence, aggraver la position du malade, se trouvant dans une atmosphère plus empestée, atteindre les personnes qui se rendent aux lieux d'aisance, porter au loin dans les pays en aval les éléments

de la maladie, si on les a jetées dans des cours d'eaux.

Il conviendrait même d'éloigner un cholérique,

dès qu'il est frappé, du milieu infecté où il est.

 

Il aurait plus de chances de guérison.

 

Il faudrait le transporter dans un lieu bien aéré,

même dans des baraquements en plein air,

mais non dans un hôpital où les cholériques,

entassés dans les mêmes salles, s'infectent,

s'empoisonnent mutuellement,

car le choléra a une triste particularité,

c'est que le malade dégage lui-même des miasmes

qui empirent son état, favorisent les progrès de la maladie.

 

Les médecins doivent laisser par écrit,

Tableau de Pavel Fedotov,

un homme meurt du choléra au milieu du XIXe siècle.

chez chaque cholérique visité par eux, toutes les prescriptions médicales avec leur mode d'emploi,

afin qu'elles soient exécutées ponctuellement, car le choléra exige des traitements bien divers,

suivant les périodes de la maladie, ainsi parfois des boissons chaudes, d'autres fois des boissons froides,

quelquefois même de la glace.

 

Or, les prescriptions médicales, nombreuses et variées, données seulement verbalement,

ne sont pas toujours bien comprises, souvent même oubliées, alors les malades succombent,

faute de soins intelligents.

 

La municipalité, pour parer à cet inconvénient, peut faire appel au dévouement de ses administrés,

hommes et femmes, pour visiter les malades atteints par l'épidémie.

 

Ces infirmiers et infirmières improvisés, des hommes pour les hommes, des femmes pour les femmes,

seraient chargés de l’exécution minutieuse de toutes les ordonnances médicales écrites.

 

Car bien des malades, soit par négligence, soit par peur, soit par préjugé,

ne veulent pas prendre les médicaments prescrits et sont bien vite emportés.

 

Après la mort.

 

En cas de décès d'un cholérique, la municipalité doit recommander, vu la décomposition rapide du cadavre,

de l'asperger de chlorite de chaux ou de solution alcoolique d'acide phénique,

puis le faire enterrer le plutôt possible, même avec ses linges souillés de déjections qu'elle peut aussi faire brûler,

jeter dans un bain de chlorite de chaux s'ils sont conservés,

faire répandre de suite dans l'appartement du chlorite de chaux ou de la solution alcoolique d'acide phénique, défendre les veillées autour des cadavres, où plusieurs personnes réunies hument, respirent,

absorbent les miasmes cholériques, se dégageant des cadavres et des linges,

prennent ainsi le germe de la maladie qu'elles transportent ailleurs.

Les veillées, composées en, grande partie de parents, expliquent

les ravages de la maladie, parmi les membres d'une même famille.

 

La municipalité doit même faire évacuer, pendant quelque temps, l'appartement, où est décédé le cholérique, et désinfecter par le gaz chlore, avant de permettre de l'habiter.

 

Elle ne saurait prendre trop de précautions pour arrêter la propagation

de la maladie.

 

Un des plus sûrs moyens est de bien désinfecter

les foyers d'infection cholérique.

 

La municipalité, dans un but de salubrité, devrait, s'il était possible,

pratiquer la crémation, l'incinération des cadavres des cholériques.

 

Certes, dans un temps peu éloigné, la crémation des corps sera une forme générale dans tous les pays, surtout dans les pays chauds.

 

Car la décomposition souterraine des cadavres dans les cimetières fournit toujours à l'air des gaz insalubres,

et à l'eau des principes solubles, nuisibles à la santé publique.

 

Dépenses Municipales.

 

Certes, toutes ces précautions sanitaires anti-cholériques seront très onéreuses pour bien des communes

et surchargeront leur budget ; mais la santé publique les commande.

 

Les municipalités, pour subvenir à toutes ses dépenses, peuvent ouvrir des souscriptions et,

en cas d'insuffisance des souscriptions, faire voter des fonds par les conseils municipaux.

 

En présence d'un fléau aussi terrible que le choléra, les communes peuvent-elles hésiter à s'imposer

tous les sacrifices possibles pour s'en préserver et en arrêter les progrès ?

 

Dans des circonstances aussi malheureuses, tout citoyen d'une commune, d'après sa position sociale,

doit payer de sa bourse et de sa personne.

 

N'existe-t-il pas une certaine solidarité naturelle entre tous les habitants d'une commune ?

 

Ne leur fait-elle pas un devoir de se secourir mutuellement?

 

C. JANNEAU (du Finistère),

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Dernière mise à jour - Janvier 2021