Fenêtres sur le passé

1870 Septembre

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Chronique de guerre dans le Finistère

Source : L’Électeur du Finistère septembre 1870

 

Vendredi 2 septembre

 

Lorsque nos concitoyens ont su que le conseil de recensement de la garde nationale se réunissait enfin,

ils ont pu penser que ces trente-six citoyens auraient quelque autorité et agiraient d'urgence.

 

Ils se sont trompés, leur travail n'est que provisoire, il faut que les contrôles aillent à Quimper,

qu'un Préfet nouveau venu dise si suivant lui chacun est inscrit à bon droit,

il faut que nous attendions qu'il veuille bien donner son visa.

 

Quant à s'organiser, à élire les officiers, à s'armer, vous pensez bien qu'il n'en est pas question.

 

Que voulez-vous, il faut agir régulièrement.

 

Oui, mais ce qui est moins régulier c'est que l'ennemi est à quatre jours de Paris ;

 

C'est que la capitale s'apprête à soutenir un siège formidable ;

 

C'est que nous lui devons tous notre concours armé ;

 

C'est que les événements marchent plus vite que les administrations ;

 

C'est que demain est l'inconnu et que nous serons débordés si l'on ne se hâte.

 

Puisque rien ne se fait que par l'administration et qu'elle a pris notre salut à forfait, disons-lui : de l'action, de l'action et encore de l'action.

 

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Est-il question des gardes nationales rurales dans le Finistère ?

 

Qu'a-t-on fait pour organiser nos petites villes, Landerneau, Lesneven ? Rien, rien !!

 

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Le conseil de recensement de la garde nationale s'est réuni hier.

 

Il a rapidement procédé à l'organisation par bataillons et par compagnies.

 

Le sort a désigné ainsi l'ordre des bataillons :

1e Recouvrance.

2e Annexion.

3e Brest (côté du 1e canton).

4e Brest (coté du 2e canton).

 

Les compagnies sont d'environ 150 hommes et groupées par quartiers.

Le prétendu uniforme de la mobile attendu depuis 15 jours est enfin arrivé.

 

Il consiste dans une sorte de croisillon rouge cousu sur une blouse bleue

et puis c'est tout.

 

De temps en temps un képi, mais rarement.

 

Ce grand enfantement de l'uniforme de la mobile ressemble à celui de la montagne.

 

Résultat, une souris !

 

Décidément, quand nous aurons à chercher des Carnot (*) chargés d'organiser

la victoire, nous ne viendrons pas dans le Finistère.

(*) Lazare Carnot est un mathématicien, physicien, général et homme politique français,

né à Nolay le 13 mai 1753 et mort en exil

à Magdebourg le 2 août 1823.

Membre de la Convention nationale

et du Comité de salut public,

il est surnommé « L'Organisateur de la Victoire » ou « Le Grand Carnot ».

Directeur, il est ensuite comte de l'Empire.

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Quimper, 1er septembre.

 

L'instruction militaire de la garde mobile se poursuit, et l'on peut se féliciter des résultats qu'on en obtient,

eu égard au défaut d'instructeurs qui la réduit à une sorte d'instruction mutuelle.

 

On lui a retiré, on ne sait pourquoi, les instructeurs qu'on avait, au début,

empruntés au bataillon de dépôt en garnison à Quimper.

 

Il est à regretter, en tout cas, qu'il ne se présente pas, comme à Morlaix, d'auxiliaires volontaires pour remplir ce rôle, parmi les anciens officiers et militaires qui n'ont pas été rappelés à l'activité.

 

Aussi le bataillon de Quimper est-il loin, malgré ses louables efforts, de justifier l’attente de quelques journaux parisiens qui le comptent parmi les premiers qu'on pourra mettre en ligne dans l'armée de réserve qui se prépare.

 

Le bruit d'un prochain ordre de départ avait couru il y a quelques jours.

 

Comme à la mobile de Paris, on donnait pour destination à la nôtre, l’Algérie.

 

Tout s'est réduit jusqu'ici à l'éloignement de trois compagnies envoyées, faute de logements

et surtout d'objets de literie suffisants, l'une à Concarneau, les deux autres à Douarnenez.

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Un certain nombre de pensionnaires de Bicêtre viennent d'être évacués

sur l'asile départemental des aliénés de Quimper.

 

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On vient de constituer une commission qui a pour tâche d'organiser la garde nationale sédentaire de Quimper.

 

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Une ambulance a été installée dans la communauté des jésuites de Quimper par les soins des dames de la ville

qui se sont inscrites en grand nombre pour offrir leurs soins aux blessés.

 

Mais les blessés, dont on avait plusieurs fois annoncé l'arrivée, se font attendre.

 

Ce n'est pas qu'il en manque, par malheur, puisqu’on avoue que le service des secours reste impuissant

devant les effroyables proportions des ravages causés par les nouveaux engins de meurtre.

 

Il est donc permis de s'étonner qu'on laisse sans effet cette offre et tant d'autres analogues qui se sont produites

dans notre ville et dans ses environs, pour diminuer l'encombrement si fatal aux blessés dans les hôpitaux

où l'on entasse à grand ‘peine ces victimes de la guerre.

 

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On assure que le conseil d'administration de la compagnie du chemin de fer de l'Ouest a décidé

que tout son personnel, vu la difficulté des circonstances, toucherait deux mois de traitement,

c'est-à-dire le traitement du mois échu et celui du mois de septembre, par anticipation.

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L'aviso le Souffleur, commandant Lamarche, après une heureuse croisière, vient de rentrer au mouillage

et d'être remplacé par la Tysiphone.

 

Nous croyons pouvoir ici émettre l'humble avis, qu'en présence des brillants résultats obtenus

par nos trop peu nombreux croiseurs à l'entrée de la Manche, le Souffleur n'eût pas été de trop,

et serait à ce moment encore appelé à rendre des services réels.

 

Voici le bilan des prises à porter à son actif :

La Vesta, trois-mâts de 600 tonneaux, chargé de sel, à destination de Memel.

 

Le Trené, brick, chargé de bois, allant en Islande.

 

Le Paul-Auguste, brick, chargé de souffre, allant à Rotterdam.

 

Le Diamant, trois-mâts, même destination.

 

Ce dernier navire, chargé d'huile de palme venant de la rivière du Congo, avait à bord deux canons et des armes

que la nature même de la campagne rend nécessaires contre les attaques des noirs.

 

Il est aujourd'hui pertinemment établi que, depuis l'origine de la guerre le nombre beaucoup trop restreint

de nos croiseurs a permis à plus de 150 navires allemands de gagner le port de Falmouth.

 

Cinq ou six croiseurs bien équipés eussent donné les plus sérieux résultats.

 

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Lundi 5 septembre

 

Quel douloureux réveil hier matin !

 

En présence du désastre de nos armées, la ville de Brest cependant ne s'est point laissée abattre.

 

Un bureau d'enrôlements militaires a été toute la journée en permanence sur le Champ-de-Bataille.

 

Un grand nombre de volontaires, presque tous anciens soldats, se pressaient autour de M. Yves, ancien lieutenant de vaisseau, qui s'était spontanément offert à les organiser et à les conduire au feu.

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La soirée commençait triste et morne.

 

Tout-à-coup, dans les groupes on se communique à voix basse

des dépêches privées venues de Paris et parlant de la République comme d'un fait accompli et comme d'une chose connue de tous.

 

Ce ­ pendant aucune communication officielle n'a été faite.

 

Il est vrai que le sans-gêne du sous-préfet à l'endroit des dépêches a toujours été tel, que chacun croit très possible qu'il n'ait pas encore cette fois jugé opportun de faire afficher.

 

Un changement de régime et de gouvernement,

est-ce que cela intéresse le public ?

 

D'autres font cette remarque que le drapeau tricolore

qui flottait devant la sous-préfecture a été enlevé ?

 

Serait-ce un symptôme heureux ?

 

On va aux renseignements et l'on acquiert la certitude

qu'une dépêche officielle est arrivée avec injonction

qu'on la publie immédiatement.

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Que se passe-t-il donc ?

 

Ah voilà !

 

Le sous-préfet est allé en conférer avec M. le préfet maritime

qui dirige l'état de siège de Brest.

 

La dépêche a paru suspecte à ces fonctionnaires.

 

Ne serait-ce pas une surprise, un coup de main tenté !

 

C'est signé Gambetta !

 

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La dépêche était enfin affichée et accueillie par un cri unanime de : Vive la République !

 

On se serre la main, on s’embrasse, et l'on crie encore

Vive la République !

 

MM. les officiers et sous-officiers de la mobile se distinguent

entre tous par leur patriotique animation.

 

C'est le Café du Commerce qui devient le centre

de la manifestation.

 

On s'y presse pour se féliciter mutuellement, puis on entonne

avec un indescriptible entrain, la Marseillaise et le Chant du Départ.

 

Quelques groupes parcourent les rues précédés d'un drapeau.

 

Des chants, des manifestations un peu bruyantes parfois,

mais un ordre parfait.

 

Pas de discussion, pas de dispute.

 

Un seul cri sort de toutes les poitrines.

 

Vive la République !

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Aujourd'hui, le Conseil municipal de Brest, réuni à une heure, a voté à la presqu'unanimité des vingt-huit membres présents, une adresse portant adhésion au gouvernement national et se terminant par ces mots :

 

Vive la France !

 

Vive la République !

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Les religieuses de Saint-Joseph à Recouvrance se sont offertes comme infirmières pour soigner les blessés

qui pourraient être envoyés dans leurs salles de classes que Madame la Supérieure propose d'organiser en ambulances.

 

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M. Charles de Gœsbriand de Daoulas a offert soit 4 lits pour soldats blessés, soit deux lits pour officiers de quelque nation qu'ils appartiennent, soit enfin un local et la subsistance pour une pauvre famille des provinces envahies.

 

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Mlle Cariou, sage-femme à Guipavas s'est offerte comme infirmière pour soigner les blessés

qui pourraient être envoyés dans une ambulance organisée dans cette commune.

 

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Le trois-mâts prussien l'Union, 617 tonneaux,

8 hommes d'équipage, capitaine Henri Schwit, a mouillé sur rade vendredi à 7 heures du soir, ayant un chargement

de riz et caoutchouc.

 

Ce navire est arrivé sous le commandement de M. Moison, lieutenant de vaisseau ayant sous ses ordres un équipage français de 17 hommes.

 

L'Union a été capturé le 10 août par le Montcalm,

aux environs de Tercère, Açores.

 

Atalante - Sistership du Montcalm

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Le vapeur Tysiphone, commandé par M. Cardinal, a également capturé le 1er septembre aux environs de Falmouth,

le trois-mâts prussien Nipon, capitaine Paulsen, de 496 tonneaux, 12 hommes d'équipages, allant, d’Ayapa à Falmouth avec un chargement de riz.

 

Ce navire a mouillé sur notre rade le 4 à 7 heures du matin.

 

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Mercredi 7 septembre

 

M. Ernest Camescasse est nommé Préfet du Finistère.

 

M. H. Caurant est nommé Sous-Préfet de Brest.

 

Le journal perd deux de ses rédacteurs dont le concours

lui était des plus précieux.

 

Le département et la ville acquièrent deux administrateurs

pleins de zèle et d’énergie.

 

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Le premier bataillon de la garde mobile part ce soir à neuf heures pour Paris.

 

Elle prendra à Morlaix un autre bataillon.

 

Ernest Camescasse

Les hommes ont reçu ce matin des effets d'habillement en laine.

 

L'élan de nos mobiles est admirable.

 

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Deux compagnies de marins, commandées par MM. les lieutenants de vaisseau Villeneuve et Gourguen,

sont parties pour la capitale par le train de midi.

 

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On donne des fusils aux hommes de la division et aux marins des bâtiments écoles sur rade.

 

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Les canons continuent à être placés sur nos remparts et sur les forts détachés.

 

Il serait seulement à désirer que les habitants de Brest, comme leurs pères les fédérés, pussent concourir à ces travaux.

 

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La garde nationale sédentaire reçoit ses fusils ; on dit que déjà plus de 2,000 ont été distribués depuis hier.

 

Dans deux ou trois jours, les autres citoyens seront armés.

 

Vendredi ou samedi, les compagnies seront toutes formées, et dimanche prochain commenceront, dit-on, les exercices.

 

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Une bonne nouvelle.

 

M. Léon Leroux qui, donnant l'exemple d'un patriotisme efficace, s'était engagé volontaire dès le début de la guerre,

a été fait prisonnier après la chaude journée du 1er septembre.

 

Mais notre énergique compatriote a su briser la consigne de ses gardiens ; vêtu d'habits bourgeois il a franchi la frontière belge.

 

Aujourd'hui des lettres écrites par lui à quelques-uns des nombreux amis qu'il a laissés dans notre département annoncent qu'il est sain et sauf à Paris.

 

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RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

 

Brest, le 6 Septembre 1870.

 

Au citoyen Vice-Amiral Préfet maritime,

 

Comptant, amiral, sur la promesse que vous avez bien voulu me faire, le 4, en présence du général Brunot,

de télégraphier à Paris dès que la compagnie de 130 citoyens volontaires brestois serait prête à marcher à Paris

à la disposition du ministre d la guerre, j'ai réuni 134 hommes, dont je vous ai présenté la liste hier,

et j'ai été tristement affecté de votre réponse qu'il fallait maintenant une décision (correspondance postale)

et par voie administrative, les ministres de la marine, de la guerre et de l'intérieur successivement interrogés.

 

En présence de ce résultat, et dans l'impossibilité où ils sont de se priver de leur travail quotidien pendant un temps indéterminé, les ouvriers qui formaient en grande majorité la compagnie (prévenus par moi ce matin à 5 heures

avant le travail) sont obligées de se séparer pour subvenir isolément à leur existence et la compagnie est dissoute.

 

Salut et fraternité.

 

E. YVES.

Ancien officier de marine.

 

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Vendredi 9 septembre

 

Monsieur Jules Feillet, capitaine de frégate en retraite, nous adresse l’article suivant très-sensé et plein de vrai patriotisme.

 

Nous nous empressons de le publier.

 

M. Jules Feillet est âgé de 6 1 ans.

 

Vétéran lui-même, il fait appel aux vétérans :

 

 

LA SITUATION

 

Le mot a déjà été écrit plus d'une fois, mais cet intérêt ne doit pas être perdu de vue puisqu'il s'agit d'une question

de vie ou de mort pour la nationalité française ; il faut qu'il soit bien compris partout.

 

Les Prussiens, maîtres de notre pays, ce serait le MILITARISME, le CAPORALISME brutal imposé à tous.

 

Ce serait avant tout la ruine imposée par la violence dans toute l'étendue de la France.

 

Doit-on s'y résigner parce qu'écrasés sous le nombre et dirigés par un gouvernement aveugle et inintelligent,

nos soldats ont été vaincus ?

 

Non, mille fois non !

 

Que tous se lèvent, jeunes et vieux.

 

Que partout tous, comprenant la gravité de la situation, se lèvent spontanément pour résister à outrance

comme à Toul, à Verdun, à Strasbourg.

 

Un grand peuple résolu à se défendre jusqu'à la mort devient invincible.

 

Souvenons-nous de l'Espagne du temps du premier Empire.

 

Souvenons-nous aussi de la Vendée où, malgré les horreurs de la guerre civile, tant d'héroïsme a été déployé.

 

Ici, Dieu soit loué, il ne s'agit plus de s'égorger entre compatriotes, entre frères.

 

Il s'agit de délivrer le sol de la patrie des hordes barbares qui le souillent et qui, chaque jour,

renouvellent les horreurs des Huns et des Vandales du temps d'Attila.

 

Debout donc, nous le répétons, tout ce qui est capable de porter un fusil, de le charger, de soigner un blessé,

de l'encourager seulement du geste.

 

Ayons sans cesse présente à la mémoire la glorieuse maxime de nos pères :

PLUTÔT MOURIR QUE DE S'AVILIR !

 

Brest est la plus grande ville militaire de l’ouest de la France.

 

À ce titre elle doit l'exemple, et cet exemple ne saurait être trop éclatant.

 

Si notre ville est mieux défendue du côté maritime, elle n'est pas dépourvue cependant de moyens de résistance

du côté terre, tant s'en faut, et dans peu de jours sa défense sera complète.

 

Si donc le malheur voulait qu'impuissants à repousser l'ennemi avant qu'il parvienne jusqu'à nous,

il soit nécessaire de soutenir un siège, soyons prêts !

 

Si les troupes de l'infanterie de marine et de l'armée de terre nous ont quittés, n'avons-nous pas les 12,000 ouvriers

de l'arsenal et des milliers de marins constamment exercés au maniement des armes !

 

Est-ce que la population ne compte pas en outre un grand nombre d'anciens artilleurs capables de faire le service

des batteries, capables d'instruire les volontaires de bonne volonté !

 

Si la municipalité, la marine n'ont pas assez d'armes, c'est un devoir pour chacun de s'en procurer.

 

Les armuriers en ont en vente, beaucoup de particuliers possèdent plusieurs fusils.

 

Qu’on les distribue et que chaque donateur s'efforce d'apprendre à celui qui recevra une arme

à s'en servir efficacement.

 

D'ailleurs, qu'est-ce qu'un sacrifice modéré d'argent pour les riches, exposés à tout perdre en une seule fois,

et à ce titre n'est-ce pas de l'intérêt personnel lui-même bien compris de commander de suite des fusils perfectionnés en France ou à l'étranger ?

 

Il n'y a pas un instant à perdre.

 

À l'œuvre donc, à l'œuvre !

 

Que Brest se transforme en un camp d'exercices.

 

En temps de paix, jouer au soldat, c'est puéril.

 

En temps de guerre, d'une guerre surtout telle que celle-ci, il est noble, il est temps de devenir soldat.

 

Sans cesse occupé des intérêts publics dans ce pays, vétéran de la marine, nous faisons appel à tous

et particulièrement aux vieux, fussent-ils disposés à jouir du repos justement acquis par leurs services.

 

C'est un moment difficile, cruel même à traverser, mais plus les efforts seront unanimes, vigoureux et soutenus,

moins l'épreuve durera.

 

En avant vétérans, en avant ! !

 

JULES FEILLET

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Aux Brestoises.

 

On se plaint et avec raison qu’il manque d’effets d’équipement pour les troupes et les gardes mobiles qui sont encore

dans notre ville.

 

D'autre part les ateliers sont surchargés de travail et

ne peuvent faire face aux nombreuses et urgentes commandes

qui leur sont adressées.

Pourquoi les dames de Brest n'emploieraient-elles pas à ces ouvrages quelques-uns de leurs loisirs ?

 

C'est servir aussi la patrie que d'habiller ses défenseurs.

 

Certainement une fine broderie est chose plus élégante et va mieux aux doigts roses et parfumés

que la confection d'une casaque de soldat.

 

Mais le but ennoblit le métier, et aujourd'hui d'ailleurs chacun se doit suivant ses aptitudes à l'intérêt commun

de la France.

 

Durant un siège célèbre de l'antiquité, les femmes coupèrent leurs cheveux pour en tresser des cordages utiles

à la défense.

 

Nous ne vous demanderons jamais, mesdames, un pareil sacrifice qui nous serait plus pénible encore

qu'à vous-mêmes ; mais, concourez de grâce à l'habillement de nos pauvres soldats.

 

Pour vous, pour tous, ils vont affronter non seulement les boulets de l'ennemi, mais encore les intempéries

des saisons.

 

Souvent, mesdames, ils couchent sur l'herbe humide, et campent sous la pluie.

 

Aidez donc de toutes vos forces à ce qu'ils aient de bons et chauds vêtements.

 

Adressez vos offres de service à l'Intendance militaire.

 

On vous confiera des habits tout taillés, tout préparés, vous n'aurez qu'à les coudre et vous ferez ainsi

acte de patriotisme et d'humanité

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Mercredi soir, comme nous l'avions annoncé dans notre dernier numéro, le bataillon des mobiles est parti

pour Paris à 10 h. par un train militaire, qui a pris à Morlaix un nouveau contingent de 200 à 250 hommes.

 

Une foule enthousiaste et sympathique a conduit jusqu'à la gare nos jeunes compatriotes,

que les vœux de tous accompagnent dans la noble mission qu'ils vont remplir.

© 2018 Patrick Milan. Créé avec Wix.com
 

Dernière mise à jour - Juillet 2020