Fenêtres sur le passé

1870 Décembre

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Chronique de guerre dans le Finistère

Source : L’Électeur du Finistère décembre 1870

 

Jeudi 1 décembre

 

LA BRETAGNE

 

On a souvent fait à la Bretagne le reproche d'avoir une tendance égoïste à s'isoler du reste du pays,

de vouloir s'ériger État dans l'État, en un mot d'être trop bretonne et pas assez française.

 

Les terribles circonstances que nous traversons en ce moment nous fournissent l'occasion de donner

à cette accusation imméritée le démenti le plus formel ;

et nous sommes personnellement d'autant plus autorisé à le faire, qu'étranger par la naissance au brave pays

que nous sommes heureux d'habiter, nous ne craignons pas d'être soupçonné d'avoir pour lui

les complaisances aveugles d'un fils pour sa mère.

 

Les sacrifices que cette partie de l’ouest de la France s'est déjà imposés pour concourir à la défense nationale

sont vraiment immenses, et jamais province n'a, dans de plus rudes épreuves, poussé plus loin la générosité

du patriotisme et pratiqué avec plus de désintéressement la dévotion suprême du bien commun.

 

Alors que son éloignement semblait la mettre complètement à l'abri de tout danger d'une invasion prussienne,

on l'a vue, dès le début de la guerre, se hâter, admirable d'entrain, de fournir à la Patrie son contingent de forces ;

et depuis cette époque, elle n'a cessé de répandre, avec une prodigalité héroïque,

ses valeureux enfants sur tous les points de la Franc e où le danger réclamait des hommes de cœur.

 

La réputation des soldats bretons n'est pas d'ailleurs à établir, et des plumes plus autorisées que la nôtre

inscriront dans l’histoire le récit de leurs hauts faits.

 

Mais ce que nous voulons aujourd'hui, après avoir constaté le dévouement de la Bretagne,

c'est demander à ce qu'elle ne soit pas seule à se dévouer, et nous réclamons sur ce point toute l’attention

du gouvernement de Tours, et nous faisons appel à sa sagesse, afin que l'équilibre s'établisse,

que les charges de la guerre soient réparties dans de justes proportions par toute la France non envahie,

et que notre contrée, parce qu'elle produit d'excellents défenseurs à la Pairie,

ne soit pas pour cela menacée de finir comme la poule aux œufs d'or de la fable.

 

Si l'on compare, en effet, ce qu'a fait la Bretagne pour cette guerre avec les agissements de telle ou telle autre partie de la France, on demeure étonné de l'immense disproportion qui existe entre les résultats obtenus.

 

Pour ne parler que de choses dont nous soyons parfaitement sûr, et prenant d'ailleurs pour exemple

la partie de la Bretagne elle-même qui s'est le mieux montrée, nous donnons cet exposé rapide

du concours apporté par notre département :

Nous ne citons que pour mémoire les travaux exécutés par l'arsenal de Brest et qui, dûs à une situation exceptionnelle, ne peuvent entrer en ligne de compte.

 

Mais le Finistère qui occupe le troisième rang parmi les départements pour le contingent à fournir à l'armée régulière, est celui sans contredit qui donne à l'État le plus grand nombre de marins ;

lesquels, militarisés aujourd'hui, sont déjà pour la plupart en présence de l'ennemi qui a à compter

avec de pareils adversaires.

 

Comme armée auxiliaire, voici notre bilan :

 

Le Finistère a dans Paris quatre bataillons de mobiles, où leur présence motivée par le siège de la Capitale,

n'a pas été non plus inutile contre les ennemis du dedans lors de la criminelle tentative du 31 octobre

contre les membres du gouvernement de la défense nationale.

 

Un cinquième bataillon, fait avec les dépôts de ceux-ci, se trouve en avant du Mans et s'est fait remarquer

ces jours derniers dans des engagements aux environs de Dreux et de la Loupe.

 

La batterie d'artillerie des mobiles, parfaitement organisée, a été appelée à Lille depuis longtemps

pour la défense éventuelle de cette place.

 

Nous sommes représentés au camp de Conlie par dix bataillons formant ensemble

un effectif de douze mille hommes.

 

Nos pionniers, nos corps-francs sont en campagne.

 

Demain encore les francs-tireurs de Lannilis, sous le commandement du brave capitaine Duplessi,

quittent notre ville.

 

En somme, il ne reste de mobilisés dans le Finistère qu'un bataillon de l'arrondissement de Brest

et un bataillon de l'arrondissement de Morlaix.

 

En regard de toutes ces forces produites par notre département pour la défense de la Patrie,

nous pourrions citer telle et telle grande ville du Midi, riche en hommes et en argent,

qui n'a point fait partir encore ses gardes mobiles, et dans laquelle les cadres eux-mêmes

de la garde nationale mobilisée ne sont pas encore formés.

 

Nous savons des provinces entières qui, à l'exception de quelques francs-tireurs, n'ont pas fourni un homme

à la guerre, et ; parlant peu d'argent car chaque département étant obligé d'équiper ses soldats à ses frais,

ceux qui fournissent le plus d'hommes sont encore ceux qui doivent le plus s'obérer de dettes.

 

Cet étal de choses nous semble anormal, anti-patriotique, et nous ne craignons pas de réclamer contre son abus.

 

Nous réclamons non pas comme Bretons, mais comme Français ; nous ne nous plaignons pas de trop faire,

mais nous voyons avec regret que beaucoup d'autres ne font pas assez pour la chose commune.

 

Le nouveau décret a paru qui appelle les hommes mariés de 21 à 40 ans sous les drapeaux.

 

Le sacrifice demandé est grand et pénible assurément.

 

Les Bretons n'hésiteront pourtant pas à quitter leurs foyers.

 

Mais il n'est que juste que les célibataires des autres pays soient d'abord incorporés dans l'armée.

 

La France est une.

 

Ses enfants, qu'ils soient du Midi ou de l'Ouest, se doivent également à sa défense !

 

Léon Glandut

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NOUVELLES DE PARIS

 

"La Vigie de Quimper" nous fournit des nouvelles de notre ami

et ancien collaborateur Louis Hémon,

dans la lettre suivante datée de Paris le 15 novembre :

  

Nous voici rentrés depuis trois jours à Paris, où l'on nous a donné pour asile la caserne de la Pépinière.

 

Nous nous félicitons aujourd'hui de ce déplacement en voyant tomber abondamment la neige qui ne doit pas rendre le service des grand'gardes facile à nos successeurs.

 

En somme, la mauvaise chance nous a épargnés jusqu'ici ;

n'était l'incertitude où nous restons de votre santé à tous, et l'idée que nous nous faisons de vos inquiétudes,

nous supporterions bien aisément pour le bien public les misères, de cette vie nouvelle,

dont nous n'avons pas acquis le goût, mais, dont nous avons pris l'habitude.

 

Nous avons retrouvé Paris fort peu bruyant ;

il avait, été troublé, en notre absence, par une folle tentative contre l'existence du Gouvernement provisoire.

 

Le bataillon de Châteaulin, revenu avant nous à Paris, et caserné, dans le voisinage de l’Hôtel-de-Ville,

a eu la tâche glorieuse, mais sans grand péril, de délivrer le Gouvernement, des mains des émeutiers.

 

Je vais écouter ce soir pour la millième fois peut-être, le récit de leur expédition, chez Guyho, où je dine avec Nicolas, de Gouézec, leur chirurgien, qui s'est approvisionné là de pièces curieuses et d’autographes compromettants.

 

Faut-il ajouter que, consulté en même temps que la population et le reste de l'armée sur l'opportunité du maintien du Gouvernement, notre bataillon a répondu par un Oui formidable et unanime.

 

Mais la nostalgie se met dans nos rangs, et, pour mon propre compte, je la sens m'envahir peu à peu.

 

Quel beau jour que celui où je vous embrasserai, et où je pourrai faire une réalité de tout ce que j’espère,

de tout ce que j'ai devant les yeux, en ce moment et en tant d'autres !

 

C'est là une perspective qui ne peut s'éloigner beaucoup désormais.

 

Pourtant, si ardemment que nous désirions la paix, notre fierté nationale répugne et répugnera toujours à celle

qu'on nous propose, et l'on ne saurait trop souffrir pour s'en faire une meilleure.

 

Heureux encore si nous ne savions pas que la plus grande part de souffrance est pour vous,

et que votre imagination doit l'augmenter démesurément.

 

Hormis ces préoccupations, nous n'avons aucun titre à être plaints ;

à peine y a-t-il parmi nous quelques malades, dont aucun n'est atteint gravement.

 

De blessés, pas un seul.

 

Quant à la nourriture (question grave en temps de siège), nous jouissons d'une supériorité sensible

sur la population civile, à qui la viande est strictement rationnée.

 

En dehors du bataillon, nous avons vu, ces jours derniers, plusieurs Quimpérois :

Paul de Blois, qui est à la veille de passer sous-lieutenant, et en fait les fonctions ;

Briot, dont le bataillon est à Neuilly.

 

Cuzon, qui est employé comme sous-lieutenant au service des batteries de marine de Saint-Ouen,

Vincent Louis, blessé légèrement au pied ;

Vincent Paul, capitaine de mobiles, dans un bataillon de l'Aisne ;

Boché, le serrurier, caserne dans la gare Montparnasse ;

Le Theuil, de la garnison de Quimper, passé lieutenant.

 

Nous continuons, Prosper et moi, à rester dans l'obscurité de notre position de simples fusiliers (aurea mediocritas), et à refuser les galons de sergent qui s'offrent sans cesse à nous.

 

Nous y gagnons en liberté ce que nous y perdons en autorité.

 

Notre compagnie va être décapitée par la perte de M. Rodellec, qui passe adjudant-major.

 

Les élections qui s'ensuivront lui donneront sans doute son beau-frère pour successeur,

et élèveront Porquier à la lieutenance.

 

Quant au poste de sous-lieutenant, il paraît devoir revenir à Coëtlogon.

 

Prosper et moi avons assisté à la Porte Saint-Martin à une matinée littéraire, dont les Châtiments,

récités par des artistes tels que Frederick Lemaître, Berton, Coquelin, Mlle Favart, etc., faisaient les principaux frais.

 

Succès immense, comme celui qu'obtient d'ailleurs le livre en librairie ...

 

P. S. Je t'envoie, en même temps que cette lettre, une carte où tu pourras répondre aux questions suivantes,

par OUI ou par NON :

 

1° Êtes-vous tous en bonne santé ?

2° Recevez-vous nos lettres ?

3° Nos amis sont-ils à l'armée de Kératry ?

 

(La carte nous est parvenue, en effet, mais avant la lettre et par un autre ballon).

Louis Hémon

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Démission du Général de Kératry.

 

Voici le texte de la proclamation adressée aux troupes de l'armée de Bretagne, par le général de Kératry :

 

Officiers, Sous-Officiers et Soldats, de l'armée de Bretagne :

J'ai la douleur de me séparer de vous,

parce que je comprends mon devoir autrement que le département de la guerre ;

mais si je vous quitte comme chef, je vous retrouverai bientôt comme simple soldat,

en vertu du décret qui appelle les derniers bans des mobilisés à partager les fatigues et l’honneur de votre camp.

 

Donc, au revoir, et toute ma gratitude vous est acquise pour la haute confiance que vous m'avez témoignée.

 

Le général en chef de l'armée de Bretagne,

 

Comte E. DE KÉRATRY.

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Nous ne savons pas encore ce qui a motivé une résolution aussi grave de la part de l'honorable M. de Kératry,

et dans l'absence de toute information positive au moment où nous écrivons, nous nous abstenons de nous faire l'écho des bruits contradictoires et insensés pour la plupart qui circulent au sujet de cette détermination.

 

Nous ferons seulement remarquer aux gens de mauvaise foi qui s'en vont proclamant partout que M. de Kératry voulait commander et non obéir, que le général en chef de l'armée de Bretagne,

en prenant congé des troupes placées sous ses ordres,

a déclaré son intention de retourner au besoin parmi elles à titre de simple soldat.

 

Comme républicain et comme français nous ne dissimulerons pas notre peine.

 

Nos adversaires politiques, qui sont aussi ceux du gouvernement, sont seuls à se réjouir du retrait de M. de Kératry.

 

Ceux de nos concitoyens qui, à quel qu’opinion qu'ils appartiennent,

ne songent en ce moment qu'à la défense nationale, sont inquiets de voir déplacer

la responsabilité du commandement de l'armée de Bretagne.

 

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Que font les autorités des fusils Remington qui sont dans notre ville.

 

Nous leur signalons une belle occasion d'en utiliser quelques-uns et nous ne dissimulerons pas qu'on aura plus que raison d'être étonné s'ils ne font « droit » à cette juste et patriotique demande.

 

Le capitaine Duplessi qui part demain à midi à la tête de ses francs-tireurs n'a eu sa possession

que des fusils d'une imperfection notoire.

 

Une chose capitale pour un corps de francs-tireurs est d'être bien armé, et,

nous faisant l'écho des désirs de cette poignée de braves compatriotes qui vont jouer leur vie

pour la défense publique, nous demandons qu'il leur soit distribué sans retard des fusils Remington

avec un fort approvisionnement de cartouches.

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Samedi 3 décembre

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Les dames de la Retraite de Lesneven ont, nous assure-t-on, mis à la disposition du gouvernement

leur vaste établissement tout meublé, pour la réception des soldats convalescents.

 

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Les dames de la Retraite de Lesneven ont, nous assure-t-on, mis à la disposition du gouvernement

leur vaste établissement tout meublé, pour la réception des soldats convalescents.

 

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Mardi 6 décembre

 

Dans les combats sous Paris des 28, 29, 30 novembre derniers, le Finistère a payé son tribut de sang à la Patrie.

 

D'après les renseignements puisés dans des lettres particulières, nous enregistrons les pertes douloureuses

qui frappent notre département tout en jetant une nouvelle gloire sur ses enfants.

 

M. le chef de bataillon de Réals, commandant le 4e bataillon du Finistère a été dangereusement blessé.

 

Deux capitaines, un lieutenant et un sergent-major du 2e bataillon de Brest, dont nous taisons encore les noms

par un sentiment que tout le monde comprendra, auraient été tués ou gravement blessés.

 

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On nous signale que, lors du dernier passage à Brest des gardes mobiles,

le logement militaire a été imposé aux particuliers, tandis que les casernes restaient vides.

 

Certes, aucun bon patriote ne saurait se refuser à loger et à nourrir même au besoin un défenseur de la patrie ;

mais le logement militaire produit un dérangement et parfois un embarras que les autorités ne devraient,

ce nous semble, réclamer du particulier que dans les cas de réelle nécessité.

 

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Par suite de l'investissement de Paris et de l'occupation d'une partie de la France par les armées prussiennes,

le blé, l'avoine, le bétail ne trouvant plus de débouchés suffisants restent en abondance dans les pays de production où leur agglomération a produit une baisse considérable dans leurs prix marchands.

 

On cite comme exemple la localité de Gourin, où le bétail se vend aujourd'hui à près de 60% de rabais s

ur les prix de vente dans les temps ordinaires.

 

Comment se fait-il donc que la cherté du pain et de la viande de boucherie soit restée la même dans notre ville ?

 

Il y a là une anomalie, sur laquelle nous croyons dans l'intérêt de nos concitoyens,

devoir appeler l’attention sérieuse des autorités.

 

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ADIEU !

 

Adieu, Marie, ma douce,

Adieu, je vais à l'instant.

Là-bas, sous les remparts,

Mourir, en défendant mon pays.

 

De tous côtés sonnent les trempettes,

De tous côtés tirent les canons ;

Il faut aller, de bon cœur,

Et sans peur, comme un vrai Breton,

 

Oui, j'irai d'un cœur joyeux,

Au premier rang, la tête haute ;

Je mourrai, sans regret, pour mon Dieu,

Pour ma patrie et pour mon monarque.

 

Adieu, adieu, pour ce monde,

Où nous ne devons plus nous revoir ;

Nous nous retrouverons un jour dans le ciel,

Avec tous les bons soldats de la foi.

 

Les boulets, au-dessus de ma tête,

Sifflent dans l'air, en passant,

Les remparts sont tout en feu,

De tous cotés je vois des morts !

 

Voici, voici le jour des noces !

Mon sang à moi est le vin rouge du festin.

Et le clairon et le canon,

Remplacent le biniou !

 

Viens donc, viens donc, mon petit cœur.

Viens que je passe à ton doigt

L'anneau conjugal.

Plus beau que celui de reine.

 

Adieu encore, adieu dans ce monde !

Souviens-toi toujours de ton soldat,

Mort pour sa patrie et sa foi,

Comme tout bon fils de la Bretagne !

 

F.-M. Luzel,

 

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Jeudi 8 décembre

 

Un nouveau convoi de militaires malades et blessés est arrivé hier à Brest.

 

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Mardi 13 décembre

 

Le département du Finistère vient d'accomplir un grand effort.

 

Du 5 novembre au 5 décembre, treize bataillons de mobilisés,

de 900 à 1,200 hommes chacun ont quitté le département pour le camp de Conlie.

 

Le décret ordonnant aux préfets d'équiper et d'habiller, aux frais des départements,

ces troupes improvisées est du 22 octobre, publié le 26.

 

À cette date, il n'y avait ni un centime, ni une vareuse disponibles.

 

Le 5 novembre, deux bataillons partaient, munis de leurs vêtements réglementaires de tentes,

couvertures et matériel de campement.

 

Les départs se sont ainsi succédé de deux en deux jours à peu près.

 

En dehors du travail confié à des fournisseurs dont l'exactitude et le zèle ont été remarquables,

des ateliers considérables ont fonctionné dans les préfectures, sous-préfectures et mairies.

 

Des tailleurs coupaient, des villes entières cousaient.

 

Brest a fourni en quinze jours 4,000 vareuses doublées de molleton e 5,000 pantalons.

 

La petite ville de Quimper a produit le même chiffre.

 

Châteaulin a surexcité la production des souliers d'une telle façon, que cette industrie va continuer à vivre et prospérer pour longtemps.

 

Morlaix a produit également d'excellents souliers, et a payé en vareuses, tricots, caleçons, sabots, sabots, sa large part au contingent départemental.

 

Des ateliers de ferblanterie, pour les effets de campement, ont été créés à Quimper, Morlaix, Concarneau, Châteaulin et Douarnenez.

 

En un mot, tout le monde s'est mis patriotiquement à l’œuvre et tout a été fait vite et bien.

 

La partie la plus curieuse de cette tâche immense était certainement l’habillement des recrues.

 

Mille hommes arrivaient au chef-lieu, à l'heure dite, en blouse, en veste et en pantalon de toile.

 

Deux jours après ils partaient habillés fournis de pied en cap.

 

Et cela sans administration, paperasses et nombreux fonctionnaires.

 

Les conseillers de préfecture et les sous-préfets, aidés de citoyens de bonne volonté

qui ont droit aux remerciements de tous, ont suffi à cette tâche, que les administrations officielles organisées

depuis longtemps auraient volontiers traitée d'impossible.

 

La récompense légitime de ceux qui ont participé à ce grand travail, et ils sont bien nombreux,

se trouve dans les dépêches arrivant du quartier-général et signalant les bataillons du Finistère

parmi les mieux équipés, les mieux tenus et aussi les premiers prêts.

 

Tout porte à croire, en effet, que le Finistère est le premier département de France qui ait déjà expédié

tous ses mobilisés du premier ban.

 

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Des préparatifs sont faits pour réunir ici mille prisonniers prussiens.

Ces prisonniers seront casernés à bord de vaisseaux mouillés dans la baie du Fret.

 

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La Bretagne à la guerre

 

On lit dans « L'Abeille de Lorient ».

Depuis le 19 juillet 1870, date de la déclaration de guerre de la France à la Prusse,

les cinq départements, qui composent l'ancienne province de Bretagne ont envoyé devant l'ennemi :

 

1° Le contingent de la classe 1869 ;

 

2° Tout le contingent de la classe 1870.

 

3° Les gardes mobiles de 21 à 25 ans ;

 

4° Les gardes nationaux mobilisés de 25 à 40 ans.

 

Ces contingents forment un effectif de plus de 200,000 hommes qui sont dans les armées de Paris et de la Loire.

 

Ils supportent avec un courage admirable les fatigues de la vie des camps et les armées en campagne.

 

Ils luttent avec la plus grande énergie contre les forces supérieures de l'ennemi,

et aucun obstacle ne les arrête pour contribuer au salut du pays.

 

Mais que font pendant ce temps-là, les Flandres, la Picardie, la Gascogne, la Provence, le Languedoc, le Dauphiné, l'Auvergne, etc., en un mot, les provinces de la France qui sont au nord, au nord-ouest, au centre, au midi,

au sud-est et au sud-ouest de la France ?

 

On lit dans les journaux que plusieurs départements n’ont pas encore envoyé à l'armée leurs gardes mobiles

et leurs gardes nationaux mobilisés.

 

Il y a mieux à faire que cela.

 

Le temps presse.

 

Que le ministre de la guerre se hâte de faire marcher les contingents, afin d'attaquer les Prussiens

par tous les côtés à la fois ; par le nord, l'ouest, le sud et l'est.

 

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Depuis quelques jours il arrive dans notre ville de Brest, de nombreux convois de blessés et nous devons

un témoignage public d'approbation à M. le chef du service de santé pour la façon intelligente et active

dont il a su organiser les secours immédiats à porter aux braves soldats qui reviennent des champs de bataille.

 

Par un sentiment d'intérêt très légitime et très facile à comprendre, la foule se porte à la gare à l'arrivée

de chaque train qui amène des blessés et nous devons faire appel ici au bon sens du public

pour qu'il n'entrave plus par son agglomération au lieu d'arrivée le service des ambulances.

 

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La lettre suivante a été adressée à l'un de nos concitoyens, M. Savreux, contre-maître mécanicien.

 

Rennes, 9 décembre 1870.

 

Monsieur le contre-maître.

 

Appelé par le général Kératry à prendre la direction des ambulances

de combat qui l'accompagnaient, lorsque nous quittâmes

le camp de Conlie, je ne reçois qu'aujourd'hui 9 décembre

votre honorée lettre du 27 novembre par laquelle vous m'annoncez

et m'envoyez le résultat de la collecte

faite dans l'atelier des machines du port de Brest

et s'élevant à 416 fr. 50.

 

Merci aux ouvriers du port de Brest et à leur digne contre-maître

pour cette pensée patriotique.

 

C'est avec une gratitude profonde que je vous accuse réception 

de cette somme.

 

Brest a noblement compris son devoir et ses enfants s

ont dignes de tous éloges en cette circonstance.

 

Je vous prie de le leur dire à tous et en mon nom

et au nom du général Kératry.

 

Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments dévoués.

 

Le directeur général.

 

Comte Foucher de Careil

Louis-Alexandre Foucher de Careil

(1er mars 1826, Paris - 10 janvier 1891, Paris), écrivain, diplomate et homme politique français.

directeur-général des ambulances

des légions mobilisées de la Bretagne.

Le gouvernement de Thiers le nomma

préfet des Côtes-du-Nord (23 mars 1871)

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Dernière mise à jour - Décembre 2020