Fenêtres sur le passé

1870 Août

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Chronique de guerre dans le Finistère

Source : L’Électeur du Finistère août 1870

 

Brest, 8 Août 1870

 

Dans la matinée d’hier, au moment où les graves nouvelles qui ont

si profondément ému la France arrivaient à Brest, M. de Kératry

a proposé l’organisation immédiate de la garde nationale  dans notre ville :

la population entière a répondu à ce vœu patriotique par des milliers

de signatures recueillies en quelques heures.

Il faut maintenant passer à l’action.

 

Les circonstances sont graves, et la France a besoin du concours

de tous ses enfants.

 

L’armée entière est nécessaire aux frontières.

 

C’est au pays à se garder lui-même et à improviser en quelques jours

une organisation, des cadres, un armement.

 

Nous faisons appel au patriotisme de tous :

il s'agit de la défense nationale, de garder nos villes, de maintenir l’ordre, d'aller, s'il le faut, au secours de Paris.

Il s'agit encore et par-dessus tout de montrer à l'étranger qu'en France, derrière l'armée, il reste des millions de soldais citoyens.

 

Ernest Camecasse,

Conseiller général du Finistère.

Émile, comte de Kératry,

né le 24 mars 1832 à Paris

mort le 6 avril 1904,

 militaire et homme politique français.

Jean-Louis-Ernest Camescasse,

né le 23 septembre 1838 à Brest

mort le 8 juin 1897 à Paris,

haut fonctionnaire

homme politique français

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VILLE DE BREST

 

ORGANISATION

De la garde nationale sédentaire

 

Le maire de Brest, chevalier de la Légion d'honneur, informe ses concitoyens que par décret en date de ce jour, tous les citoyens valides de 30 à 40 ans, sont appelés à faire partie

de la garde nationale sédentaire.

 

Les listes de recensement vont être dressées à la Mairie de Brest, mais pour activer ce travail

le maire invite les citoyens qui doivent faire partie de la garde nationale de Brest

à se faire inscrire à la mairie.

 

Au moment où des événements graves surexcitent si profondément l’esprit national,

le maire ne doute pas que l'appel qu'il fait aux sentiments patriotiques qui animent

la population brestoise ne soit entendu.

 

Les listes d'inscription sont ouvertes à partir de ce jour.

 

En mairie, ce jour, 8 août 1870.

 

Le Maire, Kerros

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M. le Préfet du Finistère vient de faire afficher la proclamation suivante :

 

Habitants du Finistère,

 

De son quartier-général de Metz, l'Empereur nous dit qu'un grand effort est nécessaire.

 

L'Impératrice régente nous demande d'être fermes dans ces revers qui nous désolent sans nous abattre et de nous hâter de les réparer.

 

Les ministres font appel au patriotisme et à l'énergie de tous.

 

Les populations bretonnes ne pouvaient rester indifférentes aux dangers de la patrie.

 

À Brest et à Quimper, de courageux citoyens m'ont demandé à organiser des Corps francs prêts à se rendre à Paris pour concourir à la défense de la capitale, si elle venait à être menacée.

 

De nombreux engagements ont été de suite souscrits.

 

Que cet élan patriotique trouve partout des imitateurs ;

 

que dans chaque commune il s'ouvre des registres où viendront s'inscrire d'une part à l'effet de former des compagnies de Francs-tireurs mobiles, les hommes jeunes, les anciens militaires pouvant supporter les fatigues de la marche, d'autre part, sous le nom de Corps francs sédentaires, ceux qui, moins valides, sont susceptibles de maintenir l'ordre, de défendre leurs foyers ;

 

que tous enfin nous contribuions par nos souscriptions à la formation, à l'équipement, à la mise en marche de ces compagnies.

 

Habitants du Finistère,

 

Il faut que l’ennemi trouve pour lui barrer le passage, pour le refouler au-delà de nos frontière, toute la France debout, en arme, animée de cette ferme volonté qu’inspire l’ardent amour de la patrie et la haine de l’étranger.

 

Conditions des engagements

 

Les engagements seront de deux sortes : Ceux pour les corps de francs-tireurs mobiles prêts à se rendre à Paris pour la défense de la capitale ; Ceux pour les corps de francs-tireurs sédentaires destinés à défendre leurs foyers.

 

Ils sont souscrits pour la durée de la guerre.

 

Les jeunes gens appelés par leur âge à faire partie de la garde mobile qui souscriront des engagements pour les compagnies de francs-tireurs mobiles sont autorisés à faire dans ces corps le temps de service fixé par la loi.

 

Celle de ces compagnies qui en feront la demande, recevront des armes et des munitions.

 

Quimper le 8 août 1870

 

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Hier dans la matinée, M. Edmond Lejeune, capitaine des pompiers, a été autorisé à prendre le commandement d'un corps de volontaires francs-tireurs décidés à partir immédiatement pour l'armée.

 

En quelques heures deux cents engagements étaient souscrits à la salle de la Bourse.

 

M. Tritschler fils (*), âgé de 19 ans, est au nombre des volontaires,

en qualité de sous-lieutenant.

 

Quelques citoyens ont ouvert aussitôt une souscription sur le Champ-de-Bataille pour subvenir aux premiers besoins des soldats improvisés et les fournir de souliers, vareuses, bidons, etc.

 

Dans la soirée la souscription avait atteint le chiffre de 4,14 fr. environ.

 

Il est à désirer que le surplus des fonds employés et ceux provenant d'une souscription nouvelle servent à secourir les femmes et enfants des volontaires mariés.

 

Leur départ est imminent.

 

Des armes ont dû arriver à Brest aujourd'hui.

 

(*) Joseph Victor Édouard Tritschler (Père)

(1er octobre 1815 à Lorient, France - 3 août 1879 à Brest Recouvrance, France) fut un entrepreneur français.

Issu d'une famille originaire de Saverne, Joseph Tritschler, entrepreneur brestois, a marqué de son empreinte le port de Brest.

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Un contr’ordre.

 

On nous apprend que l'administration préfectorale qui avait d'abord approuvé et autorisé par dépêche

la formation d'un corps de volontaires, vient de donner ordre de suspendre ces mesures patriotiques.

 

Nous sommes à la fois surpris et peiné de ce contr'ordre qui va jusqu'à l’inconséquence.

 

Si le gouvernement fait appel au patriotisme des citoyens, il serait au moins rationnel de ne pas entraver

et arrêter cet élan national.

 

Nous adressons ici un remerciement chaleureux à notre concitoyen M. Lejeune, capitaine des pompiers,

à l'initiative du ­quel nous devions les premiers engagements brestois.

 

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Quimper, 8 août.

 

Dimanche, après la réception de la série de nouvelles militaires qui viennent d'émouvoir la France,

a été publiée à Quimper une adresse tendant à l'organisation d'un corps franc pour la protection de Paris.

 

L’initiative en a été prise par M. Lestrohan, ancien officier que des infirmités contractées au service ont enlevé prématurément à l'armée et qui avait en dernier lieu la direction d'une maison de banque à Quimper.

 

Les engagements reçus aujourd'hui à la mairie, sont, dit-on, en assez grand nombre.

 

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L'employé du câble transatlantique, sujet prussien, a reçu l'ordre de quitter Brest aujourd'hui.

 

Un grand nombre de citoyens se plaignaient vivement de l'incurie de l'administration qui tolérait la présence

de ce jeune homme à Brest surtout avec les facilités que sa situation lui pouvait accorder de correspondre

avec le pays ennemi, son pays par l'Amérique.

 

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Concarneau. 11 août 1870

 

Les soussignés, habitants du canton de Concarneau, demandent que tous les séminaristes qui n'ont pas reçu

les ordres, et les frères de la doctrine chrétienne et autres qui n'ont pas atteint l’âge de 35 ans,

soient compris dans la levée qui va se faire.

 

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Brest 17 août 1870

 

La garde nationale sédentaire est entrée en fonction à Brest.

 

Depuis avant-hier elle occupe le corps de garde de la place.

 

Nous prions tous les bons citoyens de se rendre au plus vite à l'appel de la municipalité,

en allant se faire inscrire à la mairie sur les contrôles.

 

Tous les citoyens de 21 à 50 ans qui ne sont compris ni dans la mobile ni dans l’appel de 25 à 35 ans

font partie de la garde nationale sédentaire.

 

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Brest 17 août 1870

 

Le costume des gardes nationaux, tel qu'il est aujourd'hui, a été reconnu trop cher pour être imposé

à tous les hommes appelés au service.

 

On laisserait en outre à chacun la faculté de s'habiller à sa guise en recommandant toutefois les vêtements gris

ou noirs et un képi rappelant celui de nos troupes de ligne.

 

 

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À Brest, M. Édouard Lejeune organise activement un corps de volontaires auquel les pompiers fournissent un sérieux contingent. M. de Kératry nous prie d'encourager et de soutenir la louable initiative de notre généreux concitoyen.

 

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Hier matin, dès sept heures, des groupes nombreux, précédés de drapeaux, se rendaient au Château,

c'étaient les contingents de la garde mobile appelés subitement à l'activité.

 

Chaque commune arrivait son maire en tête :

ces jeunes gens, dont la plupart avaient marché toute la nuit pour être rendus à l'heure dite,

étaient graves et résolus ; on ne remarquait nulle fanfaronnade dans leur allure, mais plutôt cette énergie résignée

et froide qui est le propre de la race bretonne.

 

Landerneau est arrivé avec ses pompiers armés qui ont bravement gardé la porte du Château

pendant toute la journée, tâche difficile, car au dehors, sur la place, se pressaient les mères, les femmes,

les parents des mobiles et tout le monde avait bien envie de serrer une dernière fois la main de ceux qui partent.

 

Au-dedans du Château, il s'est produit une inévitable confusion : la garde mobile n'ayant pas encore de sous-officiers, il était fort difficile de grouper et de reconnaître cette masse de jeunes gens.

 

Personne n'avait mangé et l'administration peu prévoyante, tout en promettant 1 fr. par homme,

n'avait pas organisé de distribution régulière.

 

Les capitaines n'avaient pas assez de fonds pour pourvoir à tous les besoins et beaucoup de pauvres diables

ont dû passer une bonne partie de la journée le ventre creux autour des cantines improvisées où les privilégiés

se rafraîchissaient.

 

Heureusement tout le monde a compris que dans un pareil moment la résignation est un devoir :

toutefois, nous devons remarquer que la distribution n'a pas été faite assez régulièrement ni assez complètement.

 

Deux conseils de révision ont été immédiatement constitué et ont fonctionné toute la journée.

 

On ne prenait que les hommes parfaitement sains et valides.

 

Les opérations ont continué aujourd’hui.

 

Toute la matinée, le sous-préfet un conseiller de préfecture, et le commandant Samson ont présidé

à cette organisation hâtive, avec toute la bienveillance possible ; chacun a pu se renseigner près d'eux

sur les diverses questions que soulevait cette levée en masse relativement aux cas d'exemption par exemple.

  

Beaucoup de jeunes gens appartenant à l'arsenal commis d’administration ou de comptabilité

se trouveront exemptés, ainsi que les ouvriers sur le vu du certificat délivré dans les ateliers où ils travaillent.

 

On estime à neuf mille hommes le contingent du département du Finistère.

 

 

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La police se livre depuis quelques jours à de sévères investigations dans l’intention de découvrir des espions qui,

dit-on, parcourent les villes maritimes.

 

Un grand nombre de citoyens étrangers à la ville ont dû notamment la nuit dernière établir leur identité.

 

Ils ont pour la plupart donné des explications satisfaisantes.

 

Cependant hier soir à onze heures on en a arrêté deux qui étaient arrivés à Brest sur un bateau à vapeur « le Victor », qui a été immédiatement frappé d'embargo.

 

Conduits à la sous-préfecture le premier a déclaré être un amiral anglais, se nommer Wisseiman

et chargé par le ministre de la marine de la pose d'un câble à Torpilles.

 

Le second qui se fait appeler Delesserre serait Français et sert en quelque sorte d'interprète et de secrétaire

à son compagnon.

 

Ils étaient nantis de laisser-passer réguliers pour visiter les arsenaux.

 

Cependant il est certain qu’ordre a été donne de Paris de les mettre en état d'arrestation.

 

Attendons que la lumière soit faite.

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Hier soir, à Recouvrance, dans la rue de la Porte,

un prêtre arrivant à pied de la campagne a été,

on ne sait pourquoi, soupçonné d’être un espion prussien.

 

Il a été entouré, pressé, injurié, et n’a eu que le temps

de se réfugier dans une maison.

 

La population devrait se mettre en garde contre les soupçons de cette nature qui peuvent troubler l’ordre et porter préjudice à d’honorables citoyens.

 

Pourquoi la garde nationale n’a-t-elle pas un poste à Recouvrance ?

Recouvrance en 1870

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État de siège

 

C'est avec une douloureuse surprise que nous apprenons la mise en état de siège de la ville de Brest.

 

Cette mesure de rigueur ne s’explique, ni par l’imminence d'un danger extérieur,

ni par la situation des esprits à l’intérieur.

 

Depuis huit jours la population brestoise ne cesse de donner les preuves du patriotisme le plus ardent, et 

en même temps d'un calme supérieur à tous les revers.

 

Aussi croyons-nous devoir protester énergiquement.

 

Pour sauver la patrie, il faut de la vigueur et de la décision dans le commandement.

 

On n'y supplée pas en suspendant le cours des lois et en frappant d'interdit toute une population.

 

 

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Des effets de l'État de siège.

 

(Loi des 9 - 11 août 1849)

 

CHAPITRE III.

 

Aussitôt l'état de siège déclaré, les pouvoirs dont l'autorité civile était revêtue pour le maintien de l’ordre

et de la police passent tout entiers à l'autorité militaire.

 

L'autorité civile continue néanmoins à exercer ceux de ces pouvoirs dont l'autorité militaire ne l'a pas dessaisie

 

Les tribunaux militaires peuvent être saisis de la connaissance des crimes et délits contre la sûreté de l'État, contre la Constitution, contre l'ordre et la paix publique, quelle que soit la qualité des auteurs principaux et des complices.

 

L'autorité a le droit :

 

1° De faire des perquisitions de jour et de nuit dans le domicile des citoyens.

 

2° D'éloigner les repris de justice et les individus qui n'ont pas leur domicile dans les lieux soumis à l’état de siège.

 

3° D'ordonner la remise des armes et munitions, et de procéder à leur recherche et à leur enlèvement.

 

4° D'interdire les publications et les réunions qu’elle juge de nature à exciter ou à entretenir le désordre.

 

Dans les lieux énoncés en l'art. 5, les effets de l'état de siège continuent en outre, en cas de guerre étrangère, à être déterminés par les dispositions de la loi du 10 juillet 1791 et du décret du 24 décembre 1811.

 

Les citoyens continuent, nonobstant l'état de siège, à exercer tous ceux des droits garantis par la Constitution, dont la jouissance n'est pas suspendue en vertu des articles précédents.

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19 août 1870

 

Une Souscription nationale est ouverte dans les colonnes de « l’Électeur du Finistère » en faveur des militaires

et marins blessés pendant la guerre.

On s'inscrit au Bureau du Journal, rue Saint-Yves, 9.

 

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Le comité de secours aux blessés de la rue de la Rampe, n°53, a l'honneur de vous prier de porter

sur votre prochain numéro ce qui suit :

 

L'appel fait à l’arrondissement de Brest commence à avoir un très grand succès qui est en partie dû

à l'empressement que MM. les pharmaciens de Brest, Recouvrance, ainsi que de la partie annexée

ont bien voulu établir un sous-comité chez eux, empressement qui a été partagé par les honorables personnes qui,

à l'exemple de ces messieurs, ont bien voulu établir aussi un sous-comité chez elles.

 

42 sous-comités, répartis dans tous les quartiers de la ville pour recevoir les dons et offrandes de toute la population brestoise, promettent que cette grande œuvre humanitaire et patriotique va être couronnée d'un plein succès.

 

Le comité ne saurait adresser trop de remerciements à toutes ces personnes, ainsi qu'à toutes celles qui travaillent, pour convertir le linge, suivant les ordonnances de MM. les médecins patrons de l'œuvre.

 

Un très grand nombre de familles spécialement de la société viennent demander de l'ouvrage,

qu'on leur accorde avec transport, et ces dames ayant plus de temps que celles de la classe industrielle et ouvrière , le comité leur donne ce qui est le plus long et le plus difficile à faire, c’est-à-dire le linge fenestré ;

hier ces petites compresses de linge fin ont formé un colis de 14 kilos qui a été expédié immédiatement à la frontière avec les deux autres colis, et qui seront reçus par les médecins des ambulances avec une joie indescriptible, accompagnée de bénédictions pour les donataires ainsi que pour les dames qui les auront disposées.

 

Détail des objets expédiés tout prêts, avec l’indication, de manière à faire suivre immédiatement sur nos frontières.

 

Deuxième Envoi, du 18 août 1870.

 

120 chemises. — 10 gilets en flanelle. — 11 caleçons. — 4 paires de bas en laine, — 6 paires en coton. — 3 paires de chaussures. — 3 gilets en coton. — 9 bonnets en coton. — 4 ceintures de flanelle. - 1 blouse. — 72 kilogrammes de bandes compresses et charpie.— Et enfin 15 kilogrammes de bienheureuses compresses fenestrées.

 

Troisième Envoi, du 19 août 1870.

 

155 chemises. — 10 gilets de flanelle. — 12 caleçons — 18 paires de bas. — 4 bonnets de coton. — 5 couvertures. — 3 draps. — 69 kilogrammes de bandes et compresses. — Et 4 kilogrammes de bien heureuses compresses fenestrées.

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Quimper a vu arriver mardi les gardes mobiles de l’arrondissement en groupes pittoresques, dont la plupart marchaient

sous les drapeaux de leurs communes respectives.

 

On évalue de quinze à dix-huit cents hommes le contingent actuellement réuni dans notre ville.

 

Divers établissements publics ont été mis en réquisition

pour les loger.

 

Le surplus est réparti entre les particuliers à la bonne volonté

des desquels la municipalité s'était préalablement adressée.

 

Le bruit court que le grand séminaire, rendu disponible

par la survenance de la période des vacances,

aurait été refusé néanmoins par le motif, peu compréhensible en ce moment, qu'une retraite va être organisée pour le clergé du diocèse.

D'après les renseignements qui nous parviennent, le corps d'officiers est composé comme suit :

Canton de Quimper : capitaine, de Rodellec ; lieutenant, de Gouyon-Beaufort.

Canton de Pont-L’Abbé : capitaine, de Coëtlogon ; lieutenant Toulemont.

Canton de Douarnenez : capitaine, Roussin : lieutenant, Magne ; sous-lieutenant, Chancerelle.

Canton de Plogastel-Saint-Germain : capitaine, Jacquet ; lieutenant, de Madec .

Canton de Concarneau : capitaine, Rabot fils ; lieutenant, X...

Canton de Fouesnant : capitaine, de Cambourg ; lieutenant, de Charnay.

Cantons de Briec et Rosporden : capitaine, Dalaurens de la Barre ; lieutenant, X...

Canton de Pont-Croix : capitaine, X .. ; lieutenant Mocaër ; sous-lieutenant, de Folard.

 

On sait que le commandement du bataillon est confié à M. de La Lande de Calan, officier démissionnaire,

ancien professeur d’histoire à l'école de Saint-Cyr.

 

L'instruction militaire va commencer, mais l'insuffisance du nombre des instructeurs et l'obstacle naturel

qu'oppose à l’instruction la langue bretonne, font prévoir que la durée en sera prolongée.

 

Du reste, l'organisation se ressent de son caractère improvisé.

 

Sans parler des autres défauts, l'imprévoyance de l'administration a été telle que, faute de ressources disponibles,

il a fallu recourir à la caisse d'un honorable négociant pour payer à chaque garde mobile la solde d'un franc

qui lui était allouée dès sa convocation.

 

Encore a-t- on fait attendre pendant plusieurs heures ce paiement modique qui suffit à peine à leurs besoins

les plus essentiels.

 

Ce n'est là qu'un trait d'un désordre qui semble universel.

 

Plût au ciel qu'il n'eût jamais produit de résultats plus désastreux !

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L'un des premiers jours de la semaine, sont partis de Quimper,

à destination de Paris, deux forts détachements de gendarmerie, l'un à pied, l'autre à cheval,

qu'on a pu voir à la gare chantant à pleine voix la Marseillaise.

 

La Marseillaise dans la bouche de la gendarmerie !

 

Pendez-vous, juges de la sixième chambre !

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Aimez-vous le Prussien ?

 

On en a mis partout.

 

Il semble, en effet que cette nation insatiable, non contente de l’invasion en masse,

veuille encore nous envahir en détail.

 

Ce qu’on a raconté de la savante organisation de leur espionnage sur les points stratégiques aboutit

à en faire voir ou soupçonner partout.

 

Aussi ne sera-t-on pas surpris qu’une nouvelle alerte se soit encore ajoutée cette semaine.

 

Cette fois on racontait qu’un gendarme ayant accosté dans la gare de Quimper un voyageur suspect,

l’avait vu répondre à la sommation d’exhiber ses papiers, en tirant de ses vêtements un long poignard ;

que menacé par ce furieux, il aurait dû dégainer et ne serait parvenu

qu’à grand peine à le maîtriser et à le désarmer avec l’aide des assistants.

Espionnage,  arrestation, résistance armée, tentative de meurtre,

que d’épices dans ce petit drame pour la curiosité publique !

 

Depuis, on a fort rabattu de la gravit é de cette première version.

 

Ont dit que le Prussien serait un Hongrois, le poignard, un  instrument affecté à l’exercice de son industrie ; que l'agent de la force publique

se serait trop hâté de dégainer, et que la résistance de l'individu arrêté

n'a commencé qu’au moment où il a pu se croire menacé lui-même.

 

Que valent ces allégations contraires ?

 

Nous n'avons pu le vérifier, et les publions à titre de rumeur,

sans plus de caractère officiel que les dépêches du sous-préfet de Verdun.

 

Quoi qu'il en soit, cet individu a été mis en état d'arrestation définitive après un premier interrogatoire qu'il a subi immédiatement à la Préfecture et qui aurait attiré aux abords une foule considérable.

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Dernière mise à jour - Juillet 2020