Fenêtres sur le passé

1870 Octobre

Chronique de guerre dans le Finistère

Le Rôle des femmes

Appel au profit des ambulances militaires

Source : L'Électeur du Finistère

Jeudi 27 octobre

 

LE RÔLE DES FEMMES

 

APPEL

 

AU PROFIT DES AMBULANCES MILITAIRES

 

Auteur : Madame Léocadie Hersent-Penquer

Membre du Comité de secours aux ambulances militaires

 

La femme n'a qu'un rôle ici-bas : la bonté.

La bonté contient tous les devoirs de la femme ;

Elle est le sacrifice, elle est la charité,

Elle emplit la vie, elle est l'âme.

 

Elle ne compte pas avec le dévouement ;

Prodigue, elle est dans tout et partout la première.

Son regard bleu, pareil au bleu du Firmament,

Reçoit et répand la lumière.

 

Elle éclaire, elle marche, elle avance, elle est là.

Le cœur est un vaisseau dont elle est la boussole.

À qui souffre, elle dit : « J'arrive, me voilà. »

À qui pleure : « Attends, je console. »

 

Dieu lui donna naissance en un jour de pardon.

Après avoir fait l'homme et vu naître le crime,

Il eut pitié de l'œuvre humaine et lui fit don

De la bonté qu'il fit sublime.

 

Puis il dit à la femme : « Elle est ta fille.

Mets la bonté dans ton sein comme une fille chère ;

Garde-la, soigne-la, ne la quitte jamais.

Nourris-la de ton sein de mère. »

 

Depuis elle a grandi dans le sein maternel ;

Née en haut, elle éclot fleur et fruit de ce monde ;

Sa substance est terrestre et son germe éternel ;

Sa double nature est féconde.

 

Elle enfante le bien, le parfait, l'idéal,

La grâce, la douceur, le prestige, le charme.

Tout en elle est si grand et si fort que le mal,

Lui-même, près d'elle, est sans arme.

 

Sa puissance n'a pas de lutte à soutenir.

Seul, des règnes humains, son règne est immuable ;

Il conquiert le passé, le présent, l'avenir,

Et, seul, il reste inattaquable.

 

Qu'a-t-il fait pour cela ?... Tout ! Il est la bonté ;

C'est-à-dire qu'il donne à chacun part entière.

« Que te faut-il à toi qui crois ? La vérité. »

« À toi l'impie ? Une prière. »

 

« À toi dont les espoirs sont tous déçus ? Un mot,

Pourvu que ce mot soit le mot de l’espérance. »

« À toi dont tous les pleurs sont taris ? Un sanglot »

« Un cœur à toi, l’indifférence. »

 

O femmes ! prenez donc la bonté par la main.

Allez ! … Il ne faut pas que son règne défaille.

Tant de ruines ont jonché le sol humain,

Qu’il faut que la bonté travaille.

 

À l'œuvre donc ! à l'œuvre ! unissons-nous :

Dans le travail, toutes soyons unies !

Dans la bonté, toutes soyons bénies !

Prions d'abord ; mettons-nous à genoux.

Prions le Dieu qui secourt et qui juge,

Le Dieu de paix et le Dieu du refuge.

 

À l'œuvre enfin ! à l'œuvre ! travaillons :

De tous côtés la France nous appelle.

Femmes des champs, semez, prenez la pelle ;

Semez le grain, il faut du pain... Allons !...

 Vous, des cités, reines de l'opulence,

Semez de l'or..., de l'or à l'ambulance !

 

Vous qui n'avez ni la pelle, ni l'or,

Femmes de bien, semez votre courage ;

Prêchez l'aumône. Apôtres, à l'ouvrage !

Tendez la main ….. Encore, encore, encore !

N'hésitez pas, marchez : le pied agile

Et le front haut, femmes de l'Évangile !

 

Vous qui n'avez à donner que vos cœurs,

Anges d'amour qu'attire la souffrance,

Allez soigner, sans choix ni préférence,

Tous les blessés, soit vaincus, soit vainqueurs.

On souffre : Allez ! ….. la bonté le commande.

On pleure : Aimez ! …. Donc, vos cœurs en offrande !

 

Donnez vos cœurs : s'unir, puis, tour-à-tour,

Marcher ensemble et suivre même route,

Prier, semer, prêcher, c'est bien sans doute ;

Soigner, c'est bien. Mais il fallait l'amour

L'amour qui fait, de l'union des âmes

Dans la bonté, la puissance des femmes.

Léocadie Hersent-Penquer,

née le 14 février 1817

au château de Kerouartz à Lannilis

et morte le 19 décembre 1889,

est une poétesse française, dite la muse brestoise.

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Dernière mise à jour - Novembre 2021