Fenêtres sur le passé

1869

Les topinambours

Source : L’électeur du Finistère mars 1869

 

Les topinambours

 

Les topinambours furent importés en France quelque temps avant les pommes de terre,

et leur culture était encore fort restreinte lorsqu'on introduisit cette dernière plante.

 

À cette époque, ces deux tubercules n'étaient considérés que comme des aliments pour l'homme, et,

sous ce rapport, le premier est si inférieur à l'autre qu'il dut lui céder entièrement la place dans les jardins.

 

Plus tard, lorsqu'on introduisit la culture des racines dans les champs, le topinambour en fut écarté comme impropre

à alterner avec d'autres plantes, tant il paraissait difficile de le faire disparaître du champ où il a été une fois introduit.

 

Cet inconvénient fit oublier tous ses autres avantages, comme d'être peu exigeant sur la qualité du terrain,

de demander excessivement peu de main-d'œuvre, de ne pas craindre les gelées, de pouvoir par conséquent être arraché en hiver au fur et à mesure des besoins, enfin de produire de forts rendements avec une fumure très-ordinaire.

 

Mais, depuis quelques années la prolongation de la maladie des pommes de terre ayant reporté l'attention

sur le topinambour, on a dû examiner s'il présentait des avantages assez grands pour compenser le grave inconvénient de ne pouvoir entrer dans les assolements afin d'y suppléer à la jachère.

Précisément, le plus grand avantage du topinambour est de pouvoir reparaître dans la même terre huit à dix années de suite,

sans avoir besoin d'être replanté ;

on économise ainsi une grande partie de la main-d'œuvre,

sans compter la semence.

 

C'est une grande erreur de croire que le topinambour ne peut pas donner de belles récoltes si l'on ne renouvelle les semences ;

nous connaissons une foule d'agriculteurs qui en ont cultivé pendant une dizaine d'années dans le même champ, sans y mettre jamais d'autres plans que ceux restés en terre après l'extraction, aussi parfaite que possible, de la récolte, et sans apercevoir de diminution

dans les produits.

Cette culture ne réussit toutefois qu'à la condition de lui accorder ce qu'on ne refuse impunément à aucune racine,

de l'engrais, que l'on fera bien de varier si on cultive ce tubercule plusieurs années de suite dans le même endroit.

 

Je n'hésite pas à dire que le topinambour est un des beaux présents que la Providence ait faits à l’homme.

 

C'est un trésor pour les contrées trop nombreuses où la population est rare, où les cultures perfectionnées

n'existent pas encore et n'existeront pas de longtemps, et c'est aussi un des instruments les plus puissants

qui soient à notre disposition pour hâter la mise en culture des sept millions d'hectares de terres incultes qui,

à notre honte, existent encore sur le sol de la France.

 

Je m'étonne, en lisant les détails imprimés sur les défrichements dans la Bretagne et sur les premières cultures

qui les ont suivis, de n'y pas trouver celle du topinambour.

 

Elle y réussirait indubitablement dès le début, et avec peu de frais, là où d'autres récoltes s'obtiendraient sans profit.

Par la production de nombreux tubercules, pour peu qu'on pût y ajouter des fourrages secs, on serait tout de suite mis en mesure de nourrir

d'une manière convenable un nombreux cheptel.

 

Les engrais, sans lesquels toute culture est improductive dans les landes, arriveraient aussitôt, et la chaux, le noir animal, les charrées leur venant en aide, il ne faudrait qu'un petit nombre d'années pour que ce sol, envahi depuis des siècles par les bruyères et l'ajonc, se couvrît de récoltes variées d'une brillante végétation.

 

Pour ceux de nos cultivateurs qui désirent se familiariser davantage avec la culture de cette plante précieuse, voici quelques détails la concernant.

 

Le terrain qu'on lui destine doit être préparé pendant l'hiver comme

pour la pomme de terre ; dès le mois de février ou mars,

on plante les tubercules en lignes espacées de 80 à 90 centimètres ;

dans les rangs, ils doivent être écartés de 50 centimètres

environ l'un de l'autre.

Lors de la levée des plantes, on herse comme pour les pommes de terre ; puis, si le terrain est enherbé,

on fait passer la houe à cheval.

 

Quand les tiges ont atteint 30 à 40 centimètres de haut, on les butte, puis on n'a plus à s'en occuper jusqu'à la récolte.

 

Il faut encore remarquer ici que le topinambour est une plante nettoyante par excellence, à cause de ses grandes tiges et de ses larges feuilles :

plantez-le dans le sol le plus infesté de chiendent, dès la seconde année le topinambour aura tout étouffé.

 

Quant à la récolte, elle se fait en hiver, dans les moments où l'ouvrage ne presse pas et où l'on serait embarrassé pour occuper son personnel.

 

Les tiges desséchées peuvent servir à chauffer le four de la ferme ;

elles sont encore excellentes en litière, car la moelle qu'elles renferment absorbe complètement les jus de fumier.

 

Une fois la récolte terminée, au mois de mars ou d'avril, on laboure la pièce de terre, après avoir répandu une fumure ordinaire, s'il y a lieu ; on donne un coup de herse, puis on laisse ainsi le terrain jusqu'à l'apparition des nouvelles tiges, qu'on remet en lignes avec la houe à cheval.

 

On voit que la main-d'œuvre exigée par le topinambour est loin d'égaler celle que demandent la plupart des racines, telles que les betteraves, les panais et les carottes, qui ont besoin de trois et souvent quatre sarclages,

dont une partie à la main, pour se défendre contre la sécheresse et les mauvaises herbes.

 

Je ne crains pas en outre d'affirmer que le rendement du topinambour, à fumure égale, est toujours supérieur

à celui des racines que je viens de citer, sauf peut-être dans les terres si riches du nord de la France et de la Belgique ; mais je l'ai déjà dit, le topinambour est plutôt la plante des terrains médiocres et nouvellement mis en culture.

 

Comme aliment des bêtes à cornes et surtout des porcs, qui en sont très-avides, le topinambour n'est point inférieur

à la pomme de terre sous le rapport de la qualité nutritive ;

il l'emporte même sur la betterave, car il renferme plus de substance solide, et est par conséquent moins aqueux.

 

Mais c'est surtout sur les chevaux que le topinambour produit bon effet, ils le préfèrent aux carottes

et à tout autre aliment ;

des chevaux nourris tout l'hiver avec du foin et 20 à 30 kilog. de topinambours par jour ont conservé toute leur vigueur et leur poil luisant comme s'ils recevaient de l'avoine ;

les expériences renouvelées depuis nombreuses années ont toujours produit le même résultat.

 

Enfin, il nous reste à dire que le topinambour n'aime pas les terrains constamment humides,

non plus que l'ombre des arbres.

et aux carottes, comment se fait-il que la culture de ces deux plantes se soit peu à peu développée

et que celle du topinambour soit restée pour ainsi dire stationnaire ?

 

Selon moi, cela tient à une seule cause :

c'est que nos cultivateurs, en introduisant le topinambour dans leurs champs, craignent de ne plus pouvoir s'en défaire ensuite et de se donner ainsi un ennemi pire que toutes les autres mauvaises herbes.

 

En effet, il est à remarquer que plus on laboure un champ infesté de ce tubercule, plus les tiges repoussent vigoureuses et serrées ; cela tient sans doute à ce que la charrue divise beaucoup des racines en plusieurs morceaux, dont chacun produit ensuite une tige ou deux, selon le nombre d'yeux qu'il porte.

 

À cet inconvénient il n'y a qu'un remède, mais il est infaillible : c'est de semer dans le champ

dont on veut extirper les topinambours, au printemps, un fourrage composé d'avoine, de ray-grass et de trèfle ;

les tiges des topinambours mélangées à tout cela donnent un excellent coupage en vert, et lorsque la faux a passé deux fois les topinambours ne reparaissent plus.

 

Toutefois, il est prudent de laisser le terrain encore une année en fourrage avant de le labourer.

 

Ce moyen, employé par moi depuis plusieurs années, ne m'a jamais trompé.

 

(Extrait du Journal d'Agriculture pratique)

Il lui faut pour réussir beaucoup d'air et de chaleur.

 

Nulle plante ne résiste mieux à une sécheresse prolongée, et n'a plus tôt retrouvé une végétation active dès que la pluie rafraîchit le sol.

 

En résumé, peu difficile sur la qualité du sol, le topinambour donne

un produit satisfaisant là où la pomme de terre serait cultivée

sans profit et où l'on n'obtiendrait ni carottes ni betteraves.

 

Aucun insecte ne l'attaque ; il n'est sujet à aucune maladie.

 

Nulle culture n'est plus facile et n'entraîne moins de frais, considération de haute importance pour toutes les exploitations agricoles.

 

Ce tubercule résiste au froid et n'exige ni constructions ni silos

pour l'emmagasiner ; on le récolte au moment des besoins

et quand les autres travaux des champs sont terminés.

 

Mais, dira-t-on, puisque le topinambour est si supérieur à la betterave

Fleurs de topinambours

Claude Monet 1880

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Dernière mise à jour - Juillet 2020