1869 - Crime à Landunvez

 

Le Plouguinois Pierre Bélec condamné au bagne en Nouvelle Calédonie

Source : l’Électeur du Finistère février 1870

 

1869 - Crime à Landunvez – Le Plouguinois Pierre Bélec condamné au bagne en Nouvelle Calédonie

 

Cour d’Assises du Finistère – Samedi 15 et Dimanche 16 février 1870

 

Bélec, Pierre, âgé de 52 ans, laboureur à Landunvez, arrondissement de Brest.

 

Né à Plouguin le 8 juin 1818

 

Marie Perchoc, veuve Bizien, âgée de 80 ans, habitait avec son beau-frère, Pierre Bélec, sa fille et un des neveux

de ce dernier, une maison isolée au lieu de Kerléguer, commune de Landunvez.

 

Souvent Pierre Bélec querellait, injuriait et menaçait sa parente ; plusieurs fois, de son propre aveu,

il l'a maltraitée malgré son grand âge et lui a porté des coups.

 

Aussi se plaignait-elle à ses voisins de sa situation malheureuse ;

le matin même de sa mort, elle faisait des doléances semblables à Jeanne Quiveron, ménagère à Porspoder.

Le dimanche, 22 septembre 1869, vers 11 heures

du matin, on l'a trouvée morte dans son domicile.

 

Elle était étendue sur le dos, la tête appuyée

sur la pierre du foyer.

 

Au cou, elle portait deux plaies faites avec

un instrument aigu et tranchant, tel qu'un couteau.

 

Une de ces blessures, faites évidemment par

une main étrangère très-vigoureuse,

avait entièrement coupé l'artère sous-clavière

et déterminé une mort foudroyante.

Au reste, nulle trace de lutte, les vêtements de la victime étaient en ordre, aucune des armoires de la maison

n'avait été fouillée ou dérangée.

 

Tout indiquait que le vol n'avait pu être le mobile du crime.

 

La veuve Bizien avait déjeuné ce jour-là à 7 heures et demie.

 

L'étal des aliments trouvés dans son estomac révèle qu'elle avait été tuée peu de temps après son repas.

 

Une seconde circonstance acheva de dissiper les doutes qui se seraient élevés sur ce point,

et vint ainsi aider aux recherches de la justice.

Quand, vers huit heures et demie, Bélec, précédant les gens de la maison,

était parti pour se rendre à la grand'messe de Landunvez,

la marmite contenant la viande et les choux destinés au dîner de la famille

était déjà placée sur le feu, et il ne restait plus, dit la fille Bélec,

qu'à laver les pommes de terre.

Or, au moment du retour de l’office, à onze heures, le feu était éteint, l'eau de la marmite était froide,

les légumes et la viande n'étaient pas cuits ;

un chaudron, à moitié rempli d'eau, posé sur le foyer, contenait encore les pommes de terre

que la malheureuse veuve n'avait pas eu le temps de jeter dans le potage.

 

Donc, le meurtre avait été commis dans un instant très-rapproché du départ de Bélec.

 

Comme on ne connaissait à Marie Perchoc aucun autre ennemi que son beau-frère qui, le matin même de la mort, tenait au témoin Couadou ces propos caractéristiques :

« On prétend que j'ai f... a à cette vielle G... un coup de sabot dans les reins, mais j'aurais dû le lui donner au cou... »

 

Les soupçons se portèrent immédiatement sur Pierre Bélec.

 

Les soupçons grandirent et se fortifièrent devant l'attitude embarrassée de cet homme :

sa crainte d'être accusé, ses efforts aussi maladroits que multipliés pour expliquer d'une manière naturelle la triste fin de sa parente ; son ardent désir qu'il fût, sans délai, procédé à son inhumation.

 

« Tout cela n'était rien, répétait-il aux personnes accourues pour voir le cadavre.

 

Je ne veux pas que l'on fasse trop de bruit, car il pourrait venir trop de monde. »

 

Le mouchoir de la décédée, a déclaré un témoin, avait été croisé sur son cou de façon à cacher la principale blessure.

 

Certainement, si la justice procède à une arrestation, disait un témoin au médecin chargé de faire

les premières constatations, ce sera cet individu qui sera arrêté et il montrait Bélec qui suait d'angoisse,

selon l'expression d'une autre personne entendue dans l’enquête.

 

Deux autres circonstances sont venues démontrer la culpabilité de l'accusé.

 

Bélec était bien sorti de chez lui quelques minutes avant sa fille et Jeanne Salou, son amie, mais, ce qu'il n'avait eu garde de déclarer, il était subitement et sans mot dire revenu sur ses pas et était rentré dans sa maison.

 

C'est à ce moment même où il devait se trouver avec sa belle-sœur que le témoin Guéno, passant tout près,

entendit le bruit d'une querelle venant du côté de l'habitation.

 

Cinq à six minutes après, l'accusé avait repassé, en courant et également sans parler, auprès de sa fille,

et était allé se joindre aux deux Nédellec qu'il avait accompagnés jusqu'au bourg de Landunvez.

 

Enfin, on a découvert chez lui un vieux couteau paraissant avoir été aiguisé et lavé récemment qui,

d'après l'expérience faite sur un cadavre par un médecin habile, a produit une blessure identique

aux blessures constatées sur la veuve Bizien.

 

Bélec oppose à toutes les charges des dénégations absolues.

 

Le jury ayant admis des circonstances, atténuantes,

Pierre Bélec a été condamné à 15 ans de travaux forcés.

 

Ministère public. M. Roumain de la Touche, procureur impérial.

Défense. Me Ponthier de Chamaillard, avocat.

Crime

Dimanche, 22 septembre 1869

 

Prison de Quimper

 

Procès

Samedi 15 et Dimanche 16 février 1870

 

Bagne de Toulon

 

Départ de Toulon vers le Bagne de la Nouvelle Calédonie

le 10 septembre 1872 sur le vaisseau Alceste.

 

Escale à Dakar (Sénégal) et Santa Catarina (Brésil).

 

Arrivée à Nouméa en Nouvelle Calédonie le 8 janvier 1873,

4 mois de voyage.

 

Décédé le 23 juin 1873, 5 mois après son arrivée.

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