Fenêtres sur le passé

1694

Descente des Anglais à Camaret le 18 juin 1694

Source : Le Finistère novembre 1882

 

En 1878, le général Émile Mellinet,

vice-président de la Société des bibliophiles bretons, insérait dans un volume

de « Mélanges historiques, littéraires et bibliographiques », publiés par les soins

de cette société, une relation de la descente des Anglais à Camaret en 1694.

 

Cette pièce, disait-il, avait appartenu à Joseph Adenet, marquis de Langeron, marin distingué, alors chef d'escadre et commandant les troupes chargées

de protéger les côtes de Bretagne contre les attaques de la flotte anglaise.

 

Il repoussa les ennemis dans leur tentative à Camaret, le 18 juin,

en leur faisant éprouver une perte de 1,200 hommes.

 

Nommé lieutenant-général des armées navales le 1er avril 1697,

il mourut d'apoplexie, à Sceaux, le 28 mai 1711.

 

Cette relation est rédigée par M. le capitaine de vaisseau Jamain, qui, d'après les rôles déposés aux archives

du ministère de la marine, est mort en 1752, doyen de tous les officiers de marine.

 

Le général Mellinet, avant de donner le récit du capitaine Jamain, insère dans sa préface une note

que lui a communiquée M. de Branges, conservateur-adjoint, et qui indique deux autres récits du même fait :

« La relation de la descente de Camaret, par M. de Saint-Pierre,

capitaine d'une compagnie franche de la marine, est datée du 18 juin 1694.

 

Elle porte en résumé que la descente des Anglais eut lieu le 18 juin ;

que M. de Benoise, capitaine d'une compagnie franche de la marine,

marcha à l'ennemi avec cinquante soldats de sa compagnie,

soutenus par un pareil nombre d'hommes, et qu'il repoussa les assaillants.

C'est dans cette action que M. de La Cousse, lieutenant de vaisseau,

fut dangereusement blessé (il mourut le 23 juin) : 400 prisonniers

et au moins 500 Anglais (sic) furent tués ou noyés.

 

Le nom de Jamain n'est cité ni dans cette relation, ni dans celle de M. de Lavardin, gouverneur de Vannes, ni dans celle du maréchal de Vauban. »

Émile Henry Mellinet

né le 1er juin 1798 à Nantes

mort le 20 janvier 1894 à Nantes

Quant à M. de Benoise, que la relation met au nombre des morts, les archives de la marine ne fournissent aucun détail à ce sujet, à moins qu'il n'y ait ici une erreur, et que cet officier, ayant pu guérir de ses dangereuses blessures, ne soit M. de Benoise, lieutenant de vaisseau en 1689, capitaine de vaisseau le 24 juin 1694, date de promotion bien significative pour le courage dont il avait fait preuve le 18, et mort à la Havane sur le Bourbon on 1702.

 

Relation du capitaine Jamain

 

On savait en France que depuis deux ans les Anglais avaient formé un projet d'attaque

et de descente à la côte du sud de la rade de Brest.

Le roi envoya cette année M. de Vauban, pour rassurer la province de Bretagne

et prendre les précautions nécessaires pour une bonne défense.

 

Ce général rassembla environ 4,000 hommes d'infanterie,

un régiment de dragons et 2,000 gentilshommes ou volontaires ;

et après avoir pourvu à la sureté de Brest et de la rade,

il se rendit au Conquet pour tâcher de découvrir le dessein des ennemis

et faire passer du secours au lieu de l'attaque.

 

Les batteries de la côte et de la rade, les forts et retranchements appartenaient

à la marine, et leurs troupes étaient chargées de la défense

de tous ces différents postes.

 

M. le marquis de Langeron, officier général de ce corps,

commandait sur la côte du sud et avait à ses ordres M. du Plessis-Prâlin, brigadier, et 8 compagnies franches de la marine, avec 17 ou 1,800 garde-côte

répandus dans tous les postes et anses de cette partie.

 

Sebastien le Prestre de Vauban​​

Il ne se trouva avec lui, au moment de la descente des Anglais, que deux compagnies franches de la marine,

de 100 hommes chacune, dans les retranchements de la côte de Camaret ;

elles étaient commandées par MM. de Benoise et de La Cousse, lieutenants de vaisseaux.

 

Les Anglais et Hollandais, avec 33 vaisseaux de guerre, parurent à la vue de l'isle d'Ouessant le 16 de juin.

 

Toute la flottille mouilla dans l'Yroise, parce que le juzant les prit au moment

qu'ils doubloient la pointe du sud de l'isle.

Le lord Bercley, qui commandait l'armée navale,

entra le 17 dans la baye de Camaret, et fit mouiller en arrière de la flotte tous les bâtiments de transport, qui portaient dix régiments d'infanterie

et deux de dragons.

 

Le tout formait à peu près un corps de dix à onze mille hommes.

 

Le général Talmash commandait cette petite armée

et les opérations qu'elle devait faire ;

on assure même qu'il était l’auteur du projet,

et qu'il avait choisi le lieu de la descente par préférence à tout autre.

 

Il parut le même jour avec le marquis de Carmarthen dans une espèce

de galère à 20 rames, avec laquelle ils s'avancèrent autant

qu'il leur fut possible pour reconnaître la Côte.

 

Lord Berkeley Godfrey Kneller

Après leurs observations, il fut résolu que le lendemain le marquis de Carmarthen irait à une des pointes avec sept frégates, et qu'à la faveur de son feu Talmash descendrait dans l'anse du milieu avec les troupes de débarquement.

 

Les frégates en effet s'approchèrent, et firent feu sur nos batteries et sur les retranchements ;

en même temps les chaloupes approchèrent aussi et mirent à terre le général Talmash avec environ 1,800 hommes.

 

Les troupes de la marine qui gardaient les retranchements étaient déterminées à y attendre les Anglais ;

mais ayant remarqué quelque désordre dans les troupes ennemies, et qu'elles paraissaient incertaines sur le parti qu'elles devaient prendre, MM. de Benoise et de La Cousse sortirent courageusement des retranchements,

l'épée à la main, fondirent brusquement sur elles, les chargèrent, les renversèrent, en tuèrent une grande partie,

et poursuivirent, l'autre jusqu'à ses chaloupes ;

et la mer ayant baissé, ce qui n'avait pas péri se trouva échoué.

 

Ce fut une nécessité de demander quartier et de se rendre.

 

Malheureusement, une troupe de garde-côtes étant survenue et ayant vu la manœuvre des troupes de la marine,

et le succès dont elle avait été suivie, fondit sur les Anglais et les massacra presque tous.

 

Le nombre des prisonniers fut très-modique, ainsi que la perte des François,

qui regrettèrent MM. de Benoise et de La Cousse qui y furent tués.

 

M. de La Traverse, ingénieur en chef, y eut un bras emporté.

 

Vers la fin de l'action, on vit arriver un escadron de Plessis-Prâlin, qui vint de Quimper au galop

et qui eut le temps de sauver la vie à quelques Anglais, à qui les Bretons,

armés la plupart de bâtons ferrés et de faulx emmanchées à revers, refusaient quartier.

Les chaloupes anglaises qui venaient avec un second envoi de troupes, craignant la même destinée que les premières, se retireront avec précipitation.

 

M. de Talmash, auteur de l'entreprise et commandant de la descente, y fut tué.

 

Une galiote, chargée de 500 soldats, fut coulée à fond par deux bombes

qui tombèrent presque en même temps sur ce bâtiment,

et une frégate hollandaise s'étant trop approchée de la pointe vis-à-vis du sillon de la tour de Camaret, échoua, et fut obligée de se rendre.

 

Le lendemain, les Anglais remirent à la voile, portant le cap à ouest-nord-ouest, les vents au nord, et regagnèrent leurs côtes.

 

Telle fut l'entreprise des Anglais, dont le non-succès doit être attribué

à la valeur de nos troupes, au parti que prirent ceux qui les commandaient,

de les charger au moment de la descente avant qu'ils fussent formés,

et enfin à la mauvaise manœuvre du commandant ennemi,

qui attendit presque la pleine mer pour effectuer la descente ;

ce qui causa une grande confusion lorsqu'ils voulurent se rembarquer

dans les chaloupes, dont plusieurs se trouvèrent échouées.

 

Lieutenant général Thomas Tollemache

Né en 1651

Décès le 22 juin 1694

des suites de blessures reçues

pendant la bataille de Camaret

Le dessein des ennemis était de s'emparer des retranchements de la presqu'île de Quélerne et de toutes les batteries

de la côte du sud qui défendent le Goulet et l'entrée de la rade dans toute la côte du sud,

depuis la pointe des Espagnols jusqu'à la tour de Camaret.

 

On leur attribua aussi, mais mal à propos, le projet d'isoler les retranchements de Quélerne, par une coupure,

ou canal de jonction des eaux de la rade de Brest avec celles de la rade de Camaret ;

mais M. de Vauban n'en dit absolument rien, lui qui avait eu la même idée longtemps auparavant.

 

Nous voyons dans ses mémoires que, pour assurer la conservation du poste important de Quélerne,

il avait proposé cette jonction à un conseil de marine, et qu'il fut décidé qu'elle ne serait point exécutée,

par le danger de faire changer les courants de la rade de Brest, en leur donnant un nouveau cours qui pourrait occasionner des changements dans les différents mouillages de la rade de Brest destinés aux vaisseaux du Roi.

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Dernière mise à jour - mars 2021