Fenêtres sur le passé

1890

" Il est onze heures passée ! ", rue d'Aiguillon

 

Source : La Dépêche de Brest 3 mars 1890

 

Avant-hier soir, vers onze heures, un veilleur de nuit, faisant sa ronde, a été attaqué et assez gravement blessé.

 

L'agression a eu lieu à l'angle de la rue d'Aiguillon et de la rue de Siam.

Le brave veilleur s'en allait, poussant son cri :

« Il est onze heures passée ! » lorsqu'il aperçut cinq individus, dont trois civils et deux marins qui braillaient

et qui faisaient un tapage épouvantable.

 

L'heure étant légèrement indue pour se livrer à un concert aussi charivarique, le veilleur le leur fit observer.

Il n'avait pas plutôt ouvert la bouche qu'un des civils l'assaillait par derrière, tandis qu'un autre lui arrachait sa canne

et lui en donnait plusieurs coups sur la tête.

Les agresseurs prirent ensuite la fuite.

 

Tout ensanglanté, le veilleur voulut les poursuivre

dans la rue d'Aiguillon, mais ses forces le trahirent.

Une dame, qui vint à passer, sonna à une pharmacie voisine,

mais il faut croire que le « potard » dormait sur ses deux oreilles, car personne rien ne répondit.

Le blessé prit alors le parti de rentrer chez lui, où sa femme lui donna les soins que réclamaient son état.

 

La blessure de Pallier — c'est ainsi que se nomme le brave veilleur — est assez sérieuse.

Elle mesure trois centimètres et il a dû rester couché hier, aux prises avec une forte fièvre.

 

Quant aux auteurs de cette inqualifiable agression, on a bien peu de renseignements sur leur compte.

Tout ce que l'on sait, c'est que deux d'entre eux paraissent être des mécaniciens

et que le principal agresseur avait les cheveux taillés en brosse.

 

C'est peu.

Cependant la police a ouvert une enquête.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021