Fenêtres sur le passé

1875

Lettre à un soldat de réserve

Source : Le Finistère 1875

 

Lettre à un soldat de réserve

 

On lit dans le XIXe Siècle :

 

Un de mes jeunes amis de la classe de 1867 (28 ans), compris dans la portion de réserve,

m'a écrit pour me demander quelques conseils sur ce qu'il serait bon de faire au moment de l'appel de la fin d'août pour se présenter au régiment dans les meilleures conditions possibles.

 

Ma réponse pouvant intéresser les jeunes gens qui se trouvent dans le même cas que mon ami,

je vous en envoie la copie.

 

Si chaque homme en particulier veut y mettre du sien,

l'opération générale de la mobilisation sera plus rapide et moins pénible.

Partez de chez vous avec deux chemises,

six mouchoirs de poche, quatre paires de chaussettes

et un morceau de savon ;

faites un paquet, de tout cela sous une double courroie

à poignée ;

ajoutez au paquet une petite boite contenant deux rasoirs,

si vous avez la bonne habitude de vous raser vous-même.

 

Laissez vos chapeaux à la maison,

coiffez-vous d'une toque ou d'une casquette molle,

prenez un gilet de flanelle long et sans manches ;

ayez des bretelles, un caleçon non-collant

et de fortes chaussures.

 

En arrivant au régiment, vos souliers, votre gilet, vos bretelles, votre caleçon, vos chemises, vos mouchoirs, vous seront laissés.

 

Le surplus de vos effets sera roulé dans vos courroies,

étiqueté et déposé au magasin du régiment,

pour vous être rendu le jour de votre départ.

 

Vous comprenez pourquoi tout effet superflu doit être banni de votre habillement civil : un chapeau, des faux-cols, etc., 

grossiraient inutilement votre bagage, et embarrasseraient les magasins.

 

Choisissez vos chemises amples et solides ; poignets courts dégageant la main,

col droit de deux travers de doigt de haut, pouvant être saisi par la cravate ;

encolure et entournure larges.

 

La question de la chaussure est très-importante.

 

Un brodequin à forte semelle, souple d'empeigne, pouvant se serrer à volonté,

est ce qu'il y a de mieux dans les magasins civils.

 

N'oubliez pas surtout si vous êtes destiné à aller en manœuvre que vous allez faire le métier de paysan

pendant un mois ;

c'est-à-dire marcher par tous les temps dans les terres labourées, coucher dans des granges, sous des hangars,

sous la tente, à la belle étoile ;

par conséquent, conserver vos chaussures aux pieds nuit et jour.

Prenez du large.

 

Ce qui semble être trop pour la ville ne l'est pas assez pour les champs et pour la route.

 

Sacrifiez l'élégance à la commodité :

un bon talon bien assis vaut mieux qu'un talon haut.

 

Portez votre chaussure quatre ou cinq jours au moins

avant votre départ pour la rompre et en corriger les défauts.

 

Une excellente chose serait de vous entrainer, dès aujourd'hui,

en faisant 8 ou 10 kilomètres chaque matin.

 

Avant de quitter la maison,

faites-vous couper les cheveux ras, devant et derrière,

et mettez votre barbe à l'ordonnance (moustache et mouche).

 

En prenant ces précautions, qui couteront peu de peine, vous dispenserez les officiers et sous-officiers chargés

de vous habiller de beaucoup de soins ennuyeux ;

les bons de linge et chaussure seront moins longs à faire ce dont votre fourrier ne sera pas fâché :

les essais de chemises, de ceinture de flanelle, de souliers, etc., seront supprimés

et vous épargnerez une forte corvée au perruquier de la compagnie.

 

Un officier supérieur.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021