Fenêtres sur le passé

1888

Notes historiques sur Brest

Source : Le Petit Brestois janvier 1888

 

Notes historiques sur Brest

Le règlement du 29 mars 1631 par lequel le roi Louis XIII prescrivit, la réunion au havre et port de Brest, d'un certain nombre de bâtiments y a constitué d'une manière définitive le Parc du Roy,

de nos jours l’Arsenal du 2e arrondissement maritime.

 

Philippe de Louvilliers, sieur de Poincy, commandeur d'Oizemont et de Coulours,

chevalier de St-Iean de Hiérusalem, cappitaine commandant l'un des vaisseaux du Roy, en 1635,

cheff d'escadre des vaisseaux en Bretagne, 1637, conserva les fonctions de commandant de la marine que,

croyons-nous, il remplissait depuis 1627 ;

il les continua jusqu'au 15 février 1638 époque à laquelle il fut nommé lieutenant général

de S. M. aux îles d'Amérique.

Il mourut le 11 avril 1660.

 

Son successeur Abraham Duquesne, cappitaine de vaisseau depuis 1637,

fit placer la première chaîne de fermeture de l'arsenal, du côté de la mer.

 

On construisit, pendant l'année 1665, la première batterie de canons,

à l'extrémité de Ros an Avalou (tertre des pommiers) qui,

depuis 1713 environ, porte le nom de la Pointe.

 

C'est de cette époque que date vraisemblablement la pratique de tirer le canon pour annoncer l'ouverture et la fermeture des chaînes du port.

Abraham Duquesne

Cette même année 1665, Duquesne, nommé chef d'escadre au mois de juin,

avait repris les fonctions de commandant de la marine qui, bien des années plus tard, étaient encore remplies,

de droit, par l'officier le plus élevé en grade parmi ceux présents au port.

 

Duquesne promu lieutenant général des armées navales de S. M. depuis 1666, mourut à Paris le 2 février 1688.

 

Les dispositions suivantes avaient été arrêtées pour le fonctionnement du service de fermeture de l'arsenal.

Une Patache était ancrée à la Pointe ;

plus loin, dans le Chenal, se trouvait une première chaîne et,

en avançant dans le port, on en rencontrait une seconde,

tendue entre deux tours en maçonnerie,

appelées la tour blanche et la tour noire ;

elles étaient construites sur les deux berges de la Penfeld,

la première sur la rive droite, la seconde sur la rive gauche.

 

En arrière, était une autre Patache ou la Galiote, comme on le disait,

à partir de 1755.

 

Nous allons entrer dans quelques détails sur ces installations

qui sont peu connues.

 

La Patache était choisie parmi les bâtiments reconnus peu susceptibles

de retourner à la mer, les interrompus, selon l'expression de l'époque.

 

Pendant la paix, ce bâtiment était mouillé devant la partie de la Pointe

faisant face à la rade ;

en temps de guerre, on l'amenait près la chaîne, et un autre bâtiment,

une galère, était placée à l'ouverture du Goulet.

 

Le rapport rédigé par le commissaire général Louis Le Roux d'Impréville,

à la suite de la mission à Brest qui lui fut confiée par le cardinal de Richelieu, le 23 mai 1629, constate l'existence d'une patache à cette même époque.

Patache

Galiote

Le commandement de ce bâtiment était exercé par un officier de la marine et les mutations n'étaient pas fréquentes ; en effet, le sieur Honoré d'Imbert conserva ce commandement du 1 janvier 1670 au 13 mars 1693,

époque de son décès à Recouvrance.

 

La lettre de service qui lui fut expédiée et qui est datée de St-Germain-en-Laye,

indique ses fonctions de la façon suivante :

« Veiller à la garde dudit port et des vaisseaux de guerre, flûtes et brûlots appartenant à Sadite Majesté,

qu'y y sont à présent, qu'y y seront bastys ou qu'y y viendront désarmer. »

 

Sous les ordres de ce commandant de poste se trouvaient des soldats des troupes de la marine,

destinés à assurer le service de garde à la batterie de la Pointe, à la batterie Royale, à la Poudrière

et même à la porte du Conquet à Recouvrance (1713).

 

Une lettre du commandant de la marine, du 14 mars 1714, nous fait connaître que si les hommes de la patache étaient exposés à voir disparaître le bâtiment sous leurs pieds, leur vie n'était guère parfois plus en sûreté

sur la terre ferme.

En effet , ce jour-là, les soldats étaient en haie derrière la porte du Conquet :

pendant que le tambour roulait pour avertir le public de la fermeture, usage disparu, il y a peu d'années,

l'un des battants de cette porte sortit de ses gonds, tandis qu'on la poussait et s'abattit sur le groupe

stationnant à peu de distance.

 

Le tambour fut écrasé, deux autres soldats furent blessés ;

« la caisse qui se trouvait sous le battant empêcha que le mal ne fut plus grand. »

 

À bord de la patache était placé ;

« un escrivain du Roy chargé d'escrire le nom de ceux qui y débarqueront par mer et l'endroit où ils iront loger »

(18 avril 1696) ;

il en fournissait la liste à l'intendant de la marine qui, suivant une ordonnance du Roy,

devait recevoir le même renseignement de la part des cabaretiers, en ce qui concernait leurs logeurs.

Ces ordres étaient donnés en vue d'arrêter les espions,

de pouvoir se saisir plus facilement des hommes

qui se soustrayaient aux ordres de levées et aussi d'enrayer,

s'il était possible, les progrès de l’yvrognerie.

 

Lorsqu'un espion était arrêté, on procédait, sans délai,

à la recherche de ses complices.

 

Ordre était donné à l'écrivain de la patache de redoubler

de surveillance ;

la seule porte de ville (nommée de Vauban) existant du côté

de Brest était fermée ;

on faisait battre un ban pour avertir les bourgeois de se rendre

au Champ-de-bataille de la marine.

Des mousquetaires (titre des simples fusiliers) pénétraient dans chaque maison pour s'assurer

qu'elles étaient momentanément évacuées.

 

L'espion passait devant les habitants en désignant son ou ses complices aux autorités réunies sur le terrain.

 

Quant aux cabaretiers qui contrevenaient à l'ordonnance ci-dessus mentionnée, une amende de 10 livres

leur était primitivement infligée ;

mais, le 18 novembre 1689, l'intendant Desclouzeaux ayant écrit à Seignelay

« qu'il faudrait ajouter de plus grosse peine que celle de 10 livres portée par l'ordonnance »,

cette amende fut élevée, le 5 décembre, à 50 livres, et la pénalité devint applicable aux habitants

« quy ne donneront pas au greffier de la prévôté de la marine le nom des estrangers quy arriveront chez eux. »

 

En outre, comme les cabaretiers étaient fortement soubçonnés de favoriser les désertions,

une autre ordonnance prononça une amende de 300 livres contre ceux qui seraient convaincus

« d'avoir reçu des matelots sans permission écrite, »

ainsi que la mise au carcan des délinquants qui déclareraient n'avoir pas les moyens de payer cette amende

(1 février 1693 ).

 

L'intendant fut autorisé, le 25 juin 1744, à remettre en vigueur les anciennes ordonnances concernant

les cabaretiers et les hôtes et hôtesses,

« en les assujétissant à ne recevoir des gens de mer que sur billets du commissaire aux armements. »

En ce qui concerne les matelots désobéissants ou les déserteurs, les principales mesures suivantes furent prises, à leur égard.

 

On leur rasait la tête.

 

Onze d'entre eux furent, le 11 décembre 1693,

« rasez, enchaisnez dans une lanche, dans le port de Brest » ; d'autres, reconduits dans le lieu de leur domicile,

furent mis au carcan, pendant un ou deux jours de marché.

Enfin comme la recherche des déserteurs était rendue difficile par l'absence d'un uniforme

que l'on s'occupa de déterminer, en 1777.

 

Seulement, le 12 décembre 1703, on prit la mesure suivante.

« Il fut arrêté que l'on confectionnerait un certain nombre de bonnets d'une manière extraordinaire,

qu'ils seraient remis aux matelots à mesure qu'ils se présenteraient au bureau des classes ;

défense leur fut faite de quitter ce bonnet, sous peine d'être traités comme déserteurs, et aux cabaretiers de recevoir

ceux qui auront des bonnets, parce qu'ils s'excusent quand on veut les châtier, d'en avoir reçu,

ne pouvant pas distinguer tous ceux qui travaillent dans le port.

 

De son côté, le Prévôt de la marine reçut l'ordre d'arrêter, dans le temps, des armements,

les matelots qui n'auront pas de bonnets. »

 

Le prix de cette coiffure devait être prélevé sur la solde des hommes de levées ou encore sur les retenues infligées

aux matelots libertins c'est-à-dire ceux qui s'absentaient des travaux.

 

Telle est l'origine du bonnet dit de travail de nos marins.

 

En provoquant ces diverses mesures, l'intendant Desclouzeaux, songeait aussi à arrêter les progrès de l'ivrognerie

qui s'étendait, disait-il, jusqu'aux femmes.

 

Des mesures analogues furent sollicitées par ses successeurs.

Rien ne fut épargné : cassation à la tête des troupes, devant le personnel des ateliers, expulsion de la ville (1787) ;

enfin lorsqu’arriva la période révolutionnaire,

le ministre se vit contraint de rappeler à la sobriété les officiers improvisés de la marine de l'époque.

 

Les lois existantes prouvent combien les dispositions antérieures eurent peu d'efficacité.

 

La patache, avons-nous dit, était un vieux bâtiment.

 

On se trouvait fréquemment dans la nécessité, suivant une locution maritime, de le soulager à l'aide de chaînes,

pour aveugler les voies d'eau qui s'y déclaraient, il était, par suite, d'un entretien très coûteux, c'est pourquoi,

on se préoccupa, dès 1713, de construire un corps de garde en maçonnerie sur le quai de Recouvrance.

 

Le projet fut remis à l'étude, en 1741 ;

mais on se trouva alors en présence de difficultés soulevées par les officiers du Château,

qui prétendaient s'emparer de ce corps de garde comme attaché à la terre (15 juillet 1741).

 

Déjà, en 1687, ils avaient voulu empêcher que l'on battit la caisse dans l'intérieur de la ville,

sans en avoir au préalable obtenu la permission du commandant du Château.

 

Plus tard, ils émirent la prétention, à l'arrivée d'un bâtiment sur rade, d'obliger le commandant et l'état-major

à se présenter au commandant du Château, au sortir de chez le commandant de la marine,

afin d'en obtenir le récit des événements de mer.

 

Pour justifier leurs exigences, les officiers du Château s'appuyaient sur les instructions données par Louvois

à son personnel, dans le but de pouvoir faire connaître au roi, avant son collègue de la marine,

les nouvelles intéressant ce département.

En vertu de ces instructions, les officiers de terre en service dans les ports et lieux maritimes, devaient donner connaissance à Louvois, le plus rapidement possible,

des détails de la marine, ils étaient même autorisés

à expédier un courrier, si la chose en valait la peine.

 

Dans la conjoncture dont nous venons de parler,

l'autorité maritime prit le parti d'élever son poste sur pilotis

et de faire jeter une passerelle pour communiquer

avec la terre ;

enfin lorsque les limites des attributions de chaque autorité furent mieux définies, on construisit le poste

qui se voit à la pointe.

Après la patache venait la chaîne ;

la première fut établie en 1639, par Duquesne, ainsi qu'il l'atteste dans une lettre du 23 novembre 1671,

mentionnée par M. Levot, vol. 1, p. 120 ;

elle fut remplacée en 1672, par un radeau et une chaîne forgée exprès, s'attachant du côté de Brest,

à un organeau scellé à un rocher, à découvert en 1677,

selon le mémoire de l'ingénieur de Massiac sieur de Ste-Colombe ;

le rocher a disparu, lors des excavations entreprises pour obtenir le Parc à Boulets

dont le terrain fait partie du Parc à Charbons, établi au Parc au Duc.

 

A peu de distance de cet endroit se trouvait, vraisemblablement, la pile en maçonnerie élevée en juillet 1690,

près le château, pour faciliter les mouvements des bâtiments dans le chenal, au fond encore inégal,

et éviter la roche la Rose, émergeant de l'eau à ce moment.

 

Deux piliers semblables existaient à l'entrée de la Forme pour le radoubage des vaisseaux ;

c'était une grande construction couverte, fermée par une porte, dont le seuil remontait presque à fleur d'eau.

 

Pour faciliter l'opération de la mise dans la forme, on rasait les hauts du bâtiment et la manœuvre de l'entrée

devait être conduite avec célérité, sous peine de se trouver dans l'obligation de la recommencer à la maline

(marée) suivante.

 

La chaîne ne fut pas longtemps maintenue à la place indiquée par M. Levot.

Dès le 9 janvier 1698, nous la trouvons établie à la cale,

devant l’église N.-D. de Recouvrance,

aujourd'hui le premier magasin du service des Subsistances.

 

Cette cale était désignée en 1779,

sous le nom de la cale à la cabane Herpin.

 

C'était un officier qui avait été nommé, le 12 janvier 1680, capitaine de port en l’escadre de Bretagne au port et arsenal

de Brest et qui avait établi son bureau en cet endroit.

 

Jean Herpin mourut le 11 juillet 1707.

Cette cale était connue sous, le nom de la Chaîne par la population brestoise,

quand les quais Jean Bart et Tourville faisaient partie de la ville.

 

La Tour blanche et la Tour noire se dressaient sur les deux rives de la Penfeld et faisaient suite à la fortification élevée de chaque côté du port (26 février 1694) ;

le long de ces murs était un degré, c'est-à-dire un escalier qui descendait du rempart

aux pieds des tours de chaque côté du port.

 

On s'occupait, à ce moment, de faire mettre une barre de fer au haut de cet escalier.

 

Pour faciliter la circulation, une voûte avait été pratiquée sous chacune de ces tours,

qui servaient à emmagasiner les poudres et les bombes de la marine.

 

Quant à celles de la terre, elles étaient mises, en temps de paix, dans la tour du Château, dite de Brest :

en temps de guerre, on les plaçait sur un bâtiment auquel on faisait remonter la Penfeld aussi haut que possible.

 

On commença à bâtir la tour blanche le 8 juillet 1686, et le 26 du même mois, elle était à la huitième assise ;

au 16 novembre, on élevait la tour noire, et l'on travaillait à la muraille qui la joint.

 

La suppression de ces tours fut agitée en 1784.

 

Cependant, ce fut seulement en 1790, que l'on démolit la tour blanche, quant à la tour noire,

dont le nom est encore porté par une portion de l'arsenal, elle disparut le 11 frimaire an VIII.

 

Dès le 31 août 1790, on avait reporté, à cinq cents toises plus haut, la chaîne tendue entre elles,

réalisant ainsi les idées émises, en 1763, sur la possibilité de l'opération par le général de l'armée de terre Filley, employé extraordinairement au port de Brest pendant les années 1763, 64, 66 et 67.

 

« Il sera facile, écrivait-il, le 17 octobre 1763, de placer douze à quinze vaisseaux

au-delà de ce que le port peut contenir actuellement. »

Un arrêté du premier consul, du 3 floréal an X,

fit placer la chaîne entre le bastion d'Artois

et l'ouvrage à cornes de Queliverzan, et en 1837,

furent construits le poste définitif et le corps de garde de l'arrière-garde.

 

L'une de ces tours, devait, dans la pensée de l'intendant Desclouzeaux, servir à enferceux de MM. les gardes du pavillon-amiral et de la marine, dont la conduite laisserait à désirer ;

mais leur commandant, M. Valentin Hyacinthe de Coulombe,

dont le frère était à la même époque, major du Château

« n'estimant pas que la chambre de la tour quy est au fond du port soit comme il la voudrait, n'estant pas assez affreuse pour une prison

(15 avril 1687). »

 

On put en choisir une dans l'intérieur du Château.

 

Ce fut le lieu de détention, pour ces jeunes gens,

jusqu'à l'achat en 1752, pour leur casernement de l'hôtel Saint-Pierre (préfecture maritime).

 

Prame d'artillerie Foudroyante - La Christine

Une chambre de cet établissement fut alors convertie en prison.

 

En arrière de ces tours, se trouvait une autre patache.

 

À partir de 1755, on la remplaça par un Galiote, de là le nom porté par ce poste, jusqu'à sa disparition,

bien que de 1773 à 1787 il fut occupé par la Prame la Christine.

 

Tel était le système de clôture de l'arsenal, du côté de la mer.

 

L'état de guerre presque permanent de ces époques, avait conduit, par un principe d'économie,

à supprimer l'usage des coups de canon de diane et de retraite.

 

En 1752, le commandant de la marine fut autorisé à rétablir l'ancienne pratique.

 

À l'origine, on employait des poudres neuves ; mais l'intendant Desclouzeaux qui possédait un approvisionnement

« de poudre mouillée et en bouillie d'eau de mer, en magasin depuis 15 à 20 ans », songea, le 20 septembre 1694,

à l'utiliser pour les coups de canon du matin et du soir.

 

Dans ce but, il fit des essais qui ne réussirent pas immédiatement ;

il les poursuivit, et le 2 juin 1699, il avait la satisfaction d'annoncer que

« ses efforts avaient été couronnés de succès ce quy nous espargnera de bonnes ….

C'est une petite espargne....

Cela vaudra mieux que de la livrer au traitant quy n'en donnerait qu'un sol la livre

et elle tiendra lieu de celle quy couste au Roy, 25 livres. »

 

Cette poudre était également utilisée, pour souffler les canons de fer lors des armements, pour les nettoyer (1691).

 

Aux batteries de la Pointe s'effectuaient les tirs pour les réjouissances publiques,

les revues des troupes qui se passaient au Champ-de-Bataille de la marine, situé de 1683 à 1694,

au fond du bassin ou plutôt de la forme, c'est-à-dire sur l'emplacement commençant à peu près

au péristyle de la bibliothèque de la marine.

 

L'emplacement du bâtiment voisin, dans lequel se font les cours de l'école d'hydrographie,

était, à la même époque, le marché de la ville.

 

Plus tard, quand la Grande rue eut été ouverte, les troupes s'y déployaient en bataille, dans les mêmes occasions.

 

On tirait encore le canon, à ces batteries, pour les enterrements des officiers de la marine.

 

Faut-il entendre par ces mots, les officiers de tous les grades ?

 

Le texte sous nos yeux ne permet pas de préciser.

 

Nous ne serions pas surpris, toutefois, que cet honneur militaire fut rendu aux officiers subalternes.

 

Le corps des officiers jouissait en effet de plusieurs privilèges.

 

Le commandant et l'intendant de la marine étaient dispensés de redevances à la Ferme des Devoirs

pour les denrées et les liquides qu'ils consommaient dans l'intérieur de leur hôtel.

 

Il en était, de même pour les officiers en ménage et le directeur des Devoirs, à Brest, tolérait que ceux en pension, constituassent, sans en acquitter les droits, tel approvisionnement de liquides qu'ils jugeaient à propos de faire,

dans les Auberges où ils mangeaient.

 

Seuls, à partir du 21 juin 1707, les officiers eurent le droit de sépulture, dans l'église Saint-Louis,

jusqu'à l'arrêt du Parlement de Bretagne, devançant de plusieurs années, la déclaration royale de 1778,

portant défense d'enterrer dans les églises.

Exception fut faite pour Ducouëdic de Kergoualec,

en raison de sa mort glorieuse, à la suite de ses trois blessures

« dans le combat mémorable qu'il a rendu le 6 octobre 1779,

commandant la frégate de S. M. la Surveillante contre (le HMS) le Québec. »

 

Une plaque de marbre a été scellée dans l'un des côtés du chœur

de Saint-Louis, de Brest, en remplacement du tombeau élevé

dans cette église en 1780 et qui disparut en 1793.

 

Il était d'usage que les officiers commandants, à leur retour de la mer,

se présentassent devant la Chambre du Conseil de l'amirauté

(remplacée par le tribunal de commerce), pour y faire les déclarations

des événements de mer ;

dans cette audience, ils portaient l'épée et avaient la canne à la main.

 

Cette tenue n'ayant pas paru régulière aux membres du Conseil

de l'amirauté de Brest, l'intendant en rendit compte au ministre

et S. M. confirma les officiers dans cette coutume (29 octobre 1710).

 

Les femmes des officiers avaient droit à certains honneurs.

Charles-Louis,

vicomte Du Couëdic de Kergoualec

Un ordre de la majorité générale de Brest, du 20 janvier 1780, prescrivit

« que pour les dames de la marine, on ferait les mêmes avertissements »

c'est-à-dire qu'avis officiel serait donné de leur mort, au personnel officier.

 

Cette mesure fut prise à l'occasion du décès de dame Adélaïde-Louise Frézier, fille du directeur des fortifications

dont le nom est porté par une rue de Brest, épouse de Jacques-Raymond, vicomte de Grenier, seigneur du Giron

et de Laudias, alors lieutenant de vaisseau, décédé en juin 1803 à Paris, chef de division des armées navales.

 

Six sergents furent désignés pour porter le corps de Mme Grenier.

 

Le 4 janvier 1782, mourait Marguerite Catherine de Bussy, veuve de Rémy-Claude de Bullion,

marquis de Montlouet, chef d'escadre, décédé à Brest, le 22 avril 1772.

 

Huit sergents de la marine furent nommés pour porter le corps de Mme de Montlouet.

 

C'était la moitié du chiffre des porteurs déterminé pour la translation, le 12 février 1780, à 10 heures du matin,

au cimetière, du corps de Antoine d'Aché ou d'Achey, Vice-Amiral, et cependant il existait un grade intermédiaire (lieutenant général), entre ceux de chef d'escadre et de vice-amiral.

 

Nous n'avons pas trouvé d'indications pour l'enterrement de la femme d'un lieutenant général.

Le cimetière était situé, à cette époque, dans la rue de ce nom appelée, depuis 1869, rue d'Algésiras, pour perpétuer le souvenir des combats livrés dans cette baie, les 5 et 11 juillet 1801, par la division aux ordres

du contre-amiral Charles-Alexandre-Léon comte de Durand-Linois,

né à Brest le 27 janvier 1761, mort à Versailles le 3 décembre 1848.

 

Il est, à notre avis, regrettable de ne pas voir figurer le nom

de cet officier général sur l'une des plaques indicatrices de nos rues (*),

sur lesquelles se lisent cependant certains noms absolument étrangers

à la marine ou à la ville.

(*) La rue de l’amiral de Linois existe aujourd’hui à Brest.

Le cérémonial du cortège funèbre du vice-amiral d'Aché avait été réglé comme suit : Marquis de la Prévalaye, marquis Deshays de Cry, Marges de Saint-Victoret, Ozerno, chefs d'escadre , ce dernier espagnol portant la brunette — 19 coups de canon — 1200 hommes de troupes, 48 officiers pour le piquet et 48 sergents — 24 tambours — 17 musiciens — 5 porte-drapeaux, — 16 fourriers ou sergents, pour porter le corps tour à tour.

Charles-Alexandre-Léon comte de Durand-Linois

La lettre de service relative à la cérémonie funèbre de Mme de Montlouët, contenant la mention suivante :

la famille s'est chargée de faire la dépense des funérailles, on est conduit à penser, qu'ordinairement,

les enterrements avaient lieu aux frais du corps des officiers.

En terminant, rappelons le fait suivant rapporté par l'historiographe Jal,

d'après un manuscrit de l'année 1686 , de Philippe Le Valois, marquis de Villette,

seigneur de Mursay, lieutenant-général des armées navales,

mort à Paris le 25 décembre 1707.

 

Mursay fut commandant de la marine à Brest, en 1691 et probablement en 1686,

si le fait que nous allons exposer s'est passé dans ce port, ce que nous ne pouvons préciser, n'ayant pas eu sous les yeux le document signalé par M. Jal.

 

Cette lecture montre qu'il n'était pas prudent de se trouver dans le champ de tir

de ces canons.

« Il arriva un soir qu'un de mes canonniers n'ayant pas pris garde qu'il y avait un boulet dans le canon qu'il devait tirer pour le coup de retraite,

le boulet alla passer entre les mâts de l'Amiral Anglais.

 

J'envoyai aussitôt un officier pour lui en faire des excuses ;

sa réponse fut gasconne, car il dit qu'il était si accoutumé aux coups de canon

qu'il ne s'était pas aperçu de celui-là :

aussi Herbert est du pays de Galles qu'on appelle la Gascogne anglaise. »

Cet Herbert commandait l'armée navale anglaise à la bataille,

remportée le 10 mai 1689, par le comte de Chasteaurenault à Bantry-Bay

sur la côte occidentale d'Irlande, après quatorze heures de combat ;

il était à la tête de la flotte Anglo-Hollandaise que le maréchal de Tourville défit,

le 16 août 1690, à Béveziers.

 

A . K.

Auguste Herbert

Maréchal de Tourville

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Dernière mise à jour - Décembre 2020