Fenêtres sur le passé

1888

Épidémie de variole à Pont l'Abbé

Source : Le Finistère novembre 1888

 

Épidémie de variole à Pont l’Abbé

 

Nous recevons de Pont l'Abbé la communication suivante,

dont nous n'avons pas besoin de faire ressortir la valeur pratique et le vif intérêt :

 

On s’était occupé, dans la dernière séance du Conseil départemental d'hygiène,

de l'épidémie de variole qui désole depuis plusieurs mois les cantons de Douarnenez et de Pont-l'Abbé.

 

Puisque cette question est sur le tapis,

c'est le moment de dire où nous en sommes dans la circonscription médicale de Pont-l'Abbé.

 

Les renseignements qui vont suivre, recueillis avec soin sur les lieux mêmes,

ont un caractère authentique auquel vos lecteurs peuvent absolument se rapporter.

 

Ils sont d'autant plus utiles à faire connaître que le bruit public, comme c'est l'ordinaire en pareille circonstance,

a démesurément grossi les choses au dehors.

 

On n'est pas loin de penser qu'il suffit d'approcher un Pont-l'Abbiste pour être voué à un empoisonnement certain.

 

Un mot, ou plutôt un chiffre, va suffire à faire immédiatement justice de ces alarmes ridicules.

 

Il y a plus de trois mois que l'épidémie se manifeste au chef-lieu de notre canton ;

puisqu'elle y a fait son apparition vers la fin de juillet dernier.

 

Les décès, devraient donc se compter par dizaines, si l'épidémie avait quelque violence.

 

Eh bien ! Ils s'élèvent, au total, à dix-huit, pas davantage.

 

Dix-huit, pour une population de 5,700 habitants !

 

Les origines du mal sont connues.

 

Il nous vient du Guilvinec qui l'a reçu lui-même de Douarnenez.

 

Dans les premiers jours d'avril, une femme de pécheur arrivait au Guilvinec,

portant dans ses bras une petite fille atteinte de la variole.

La malheureuse vint se loger chez une aubergiste

qui était elle-même mère de trois enfants non vaccinés.

 

C'était une étincelle dans une poudrière.

 

Singulière et triste coïncidence que celle-là !

 

Elle donne une fois de plus l'occasion de constater jusqu'où

nos populations maritimes poussent l'insouciance,

défaut incurable qui se mêle chez elles à tant de qualités.

Qu'arriva-t-il ?

 

Les trois enfants furent naturellement atteints ;

quelques jours après ils étaient morts, ainsi que la petite fille, cause innocente de tout le mal.

 

Pour comble de malheur, la maison où ces décès se produisirent était située au centre de la population agglomérée.

 

On conçoit qu'il s'en suivit une facile et rapide propagation du fléau.

 

Après sept longs mois, l'épidémie peut être considérée aujourd'hui connue terminée sur ce point.

 

Depuis plusieurs jours, il n'y a eu qu'un seul décès ;

l'avant-dernier a été celui de M. Schmitt, l'excellent directeur de l'école du Guilvinec,

que les regrets unanimes de la population ont accompagné à sa dernière demeure.

 

Du reste, il s'en faut que l'épidémie de 1888 ait été aussi meurtrière que celle de 1881, au Guilvinec.

 

On n'a relevé cette fois qu'une centaine de décès varioliques depuis le début.

 

L'épidémie précédente avait fait un nombre presque double de victimes.

C'est pourtant la commune du Guilvinec

qui a été de beaucoup la plus éprouvée.

 

Les sujets qui ont succombé étaient presque tous des enfants qu'on n'avait pas pris soin de soumettre à la vaccine.

 

On a, en outre, relevé cinq décès d'adultes,

également non vaccinés.

 

Il n'y a qu'un seul cas de décès à signaler parmi les vaccinés : c'est celui du malheureux instituteur !

 

Chose remarquable, et qui déroute toutes les idées reçues : M. Schmitt avait eu la variole a l'âge de 8 ans,

et elle lui avait laissé sur le visage des traces caractéristiques.

 

Il serait fâcheux que ce cas unique fit mettre en doute l'efficacité de la vaccine.

 

Les exemples de préservation qu'on lui doit sont, au contraire, en grand nombre.

 

L'épreuve a été faite au Guilvinec, et de la façon la plus concluante,

dans plusieurs ménages où une  partie seulement des enfants avaient été vaccinés.

 

Tandis que leurs petits frères ou sœurs étaient atteints et succombaient, ceux-ci n'étaient même pas touchés,

bien que couchant dans la même chambre, parfois dans le même lit.

 

La population entière peut attester ce fait significatif, qui a du produire sur elle une sérieuse impression.

 

Du Guilvinec, le fléau a tout d'abord gagné Treffiagat.

 

Un petit journal parisien très répandu se faisait écrire, il y a quelques semaines,

qu'on avait vu jusqu'à vingt-cinq décès, à Treffiagat, le même jour.

La vérité est qu'en six mois le nombre des victimes a été d'une vingtaine.

 

Vous voyez que le journal dont il s'agit était loin de compte.

 

D'après des nouvelles toutes récentes de Treffiagat, je puis affirmer que, là aussi, la maladie, semble avoir à peu près disparue.

 

En revanche, elle s'est introduite ailleurs, à Pont-l'Abbé, à Plobannalec,

à Loctudy, à Plouéour, à Combrit.

 

Dans la ville de Pont-l'Abbé,

j'ai dit quels avaient été au juste ses résultats :

elle parait chaque jour diminuer de fréquence et d'intensité.

 

Parmi les autres communes atteintes, il n'y a de ravages sérieux

qu'à Loctudy, où l'épidémie bat son plein en ce moment.

 

On ne peut connaître encore la proportion des décès ;

mais fort heureusement, la population parait garder son sang-froid.

 

Somme toute, vous voyez que le canton de Pont-l'Abbé

ne mérite pas pour cela d'être mis en quarantaine.

© 2018 Patrick Milan. Créé avec Wix.com
 

Dernière mise à jour - Juillet 2021