Fenêtres sur le passé

1875

L'Empire et les paysans

Source : Le Finistère mars 1875

 

L’Empire et les paysans

 

Sous ce titre, la République française rend compte d'une intéressante brochure écrite par M. de Vautibault, qui a paru à Angers,

chez M. Béchet, éditeur :

 

On sait qu'une des thèses des charlatans du bonapartisme, c'est de représenter l'empire comme le bienfaiteur des campagnes. 

Ils le répètent avec une telle persistance et si effrontément, qu'ils trouvent un certain nombre de dupes pour les croire.

La vérité est que l'empire n'a rien fait pour les campagnes,

et que l'augmentation du bien-être qui s'est fait sentir parmi

les classes rurales depuis une vingtaine d'années, s'est réalisé

par des causes naturelles et malgré les exactions, les folies

et les turpitudes du régime napoléonien.

 

Cette révolution économique est due surtout au développement

des chemins de fer et à la création d'immenses débouchés

qui en a été la conséquence.

 

Ce fait se fût produit sous tout autre gouvernement, et sans doute avec plus d'activité, car on sait bien que sous ce rapport la France

est restée fort en arrière, malgré la supériorité de son sol

et de ses richesses naturelles.

 

En outre, dans la même période, le sort du paysan dans les diverses contrées de l'Europe,

s'était amélioré dans des proportions bien autrement considérables ;

mais il est juste de reconnaître qu'à cet égard il y avait d'ailleurs plus à faire en ces pays.

 

Il faut ajouter aussi les progrès de l'agriculture, sous l'impulsion de la science, des comices et des sociétés agricoles, qui se sont surtout développés, quand la République de 48 leur eût donné la liberté,

il n'est pas nécessaire de démontrer que l'empire ne fut pour rien dans toutes ces améliorations,

il ne s'occupa des campagnes que pour en tirer de l'argent, pour augmenter le budget et la dette publique

dans des proportions énormes, inconnues jusqu'alors.

 

Il en résulta finalement une crise agricole formidable qui, de 1861 à 1868, produisit une moins-value de l'agriculture, évaluée au bas mot à cinq milliards, chiffre avoué par les documents officiels.

 

Des plaintes se firent entendre dans toute la France rurale,

si intenses et si unanimes que le cabinet impérial

et les bureaux jugèrent utile de leurrer les imaginations

et accouchèrent du décret qui ordonnait cette fameuse enquête agricole qui, naturellement, ne produisit absolument rien,

qu'un surcroît de dépenses,

car il en fallut payer largement les frais.

 

Les commissaires et présidents de l'enquête firent du moins

des aveux précieux qui leur étaient arrachés par l'évidence :

ils reconnurent et signalèrent la dépréciation considérable

et progressive des valeurs agricoles,

la dépopulation des campagnes,

l'émigration des hommes et des capitaux ;

ils avouèrent que l'empire faisait supporter aux classes rurales une part énorme des charges publiques,

et bien plus considérables que dans les autres pays ;

qu'il délaissait les travaux d'irrigation, de dessèchement, de canalisation, de reboisement, de défrichement,

de drainage, et restait, sous ce rapport, bien au-dessous des gouvernements précédents ;

qu'une partie, des fonds versés par les communes pour le développement de leurs voies de communication,

était détournée de sa destination, au moyen de ces virements malhonnêtes devenus de règle administrative ;

en sorte que la vicinalité rurale, qui eût dû être terminée depuis longtemps, par suite des sommes payées,

en était à peine à la moitié de son parcours, etc.

 

En résumé, l'agriculture ne doit la prospérité relative dont elle a joui pendant les dix premières années de l'empire

qu'à l’impulsion acquise, au développement des voies ferrées, aux progrès généraux de la science,

aux sociétés agricoles, aux laborieux efforts des classes rurales ;

ce qu'elle doit incontestablement à l'empire, c'est la crise des dix dernières années.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021