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1871 Janvier

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Chronique de guerre dans le Finistère

Source : l'Électeur du Finistère Janvier 1871

Samedi 21 janvier 1871

 

GARDE NATIONALE

 

Ordre du jour du 19 Janvier 1871.

 

À partir d'aujourd'hui, et jusqu'à nouvel ordre, les exercices obligatoires n'auront lieu qu'une fois par semaine,

le dimanche seulement, de 8 heures à 10 heures du matin.

 

Les gardes nationaux en retard pour leur instruction de l'école du soldat seront réunis par bataillons,

sous la direction d'un officier désigné à l’avance, formeront une ou plusieurs classes, suivant leur nombre,

et on attachera à ces classes les sous-officiers et caporaux instructeurs nécessaires.

 

Il est expressément défendu aux gardes nationaux de déculasser leur fusil eux-mêmes ;

lorsque cette opération minutieuse et délicate aura été reconnue nécessaire, le capitaine d'armement seul, le fera.

 

À cet effet, il se tiendra chaque jour à la disposition des gardes nationaux, rue Kéréon, n° 6,

de 11 heures du matin à 3 heures 1/2 du soir.

 

Le lieutenant-colonel, chef de légion,

 

Gargam.

 

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Nous recevons d'un de nos concitoyens faisant partie de l'armée de Chanzy une lettre par laquelle

il proteste vivement contre l'assertion publiée par plusieurs journaux,

que c'étaient des mobilisés du Morbihan et du Finistère qui avaient lâché pied.

 

Voici, dit notre correspondant, ce qui a pu donner lieu à cette confusion :

Le général Lalande commandait un corps d'armée composé des mobilisés bretons du Morbihan, du Finistère,

des Côtes-du-Nord et de l'Ille-et-Vilaine, lequel corps se subdivisait en légions, sous les ordres de chefs respectifs.

 

La légion dans laquelle se trouvaient les mobilisés du Finistère (1er bataillon de Brest),

était commandée par M. le colonel Le Brun, et elle n'a pas bronché d'une semelle devant le feu de l'ennemi.

 

La position que ce bataillon occupait était, il est vrai, dans les parages de la Tuilerie :

mais les hommes qui en faisaient partie n'ont pas un seul instant abandonné leur poste,

et si quelques mobilisés se sont débandés, ce ne sont pas ceux du Finistère, chacun peut l'affirmer dans le corps.

 

Il est essentiel et de toute justice de le proclamer hautement par la voie des journaux.

 

 

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Mardi 24 janvier 1871

 

Le bataillon des mobilisés brestois, commandant Merle, a quitté ces jours derniers le Mans et Conlie

pour se rendre par étapes à Nantes.

 

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Hier des mitrailleuses ont traversé notre ville servies par des artilleurs de la garde mobile de la Charente.

 

L'Européen, un de nos plus grands transports qui est actuellement dans notre bassin n° 2, portera ces engins et des troupes à une destination que nous ne croyons pas devoir indiquer.

 

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Jeudi 26 janvier 1871

Nous apprenons que M. de Marivault (*) vient d'être relevé

de son commandement de l'armée de Bretagne.

(*) Henri Delacoux de Marivault-Emeriau,

né le 22 juin 1821 à Châteauroux

mort le 26 novembre 1910 rue de Logelbach à Paris,

Capitaine de vaisseau dans la Marine française

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Un correspondant de l'Électeur nous écrit de Douarnenez, le 22 janvier 1871 :

 

Monsieur le Rédacteur,

 

Depuis quelques jours nous possédons 27 militaires de toutes armes, provenant de l'armée de l'Ouest.

 

Ces hommes ne sont que très fatigués et très enrhumés pour la plupart.

 

Quelques-uns cependant ont reçu des blessures ; mais elles sont légères et promettent une prompte guérison.

 

Plusieurs ambulances ont été établies en prévision d'un nouveau convoi de ces malheureuses victimes du devoir,

et ils y recevront tous les soins désirables comme ceux qui y sont en ce moment.

 

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Samedi 28 janvier 1871

 

Documents communiqués

 

La revaccination dans l'armée s'est faite et se fait encore d'après les instructions jusqu'ici en vigueur,

c'est-à-dire qu'aux dépôts des corps et même dans les lieux où se forment les corps d'armée,

les médecins s'assurent si les soldats nouvellement incorporés sont vaccinés

et pratiquent la revaccination toutes les fois que cette opération est jugée nécessaire,

mais une fois le corps d'armée en campagne, il n'est pas possible de revacciner.

 

Le ministre de la guerre, après avoir pris l'avis du Conseil de santé des armées, ne saurait donc trop recommander aux médecins des dépôts régimentaires, et surtout aux médecins en chef des camps d'instruction de porter

toute leur attention sur cette partie si essentielle de leur service, de visiter tous les militaires,

de les revacciner et de vacciner ceux qui ne l'auraient pas été dans leur enfance,

ou qui ne porteraient pas de traces évidentes de vaccine.

 

Il sera facile aux médecins de se procure r du vaccin en s'adressant, soit aux médecins vaccinateurs,

soit aux sages-femmes ou dans les écoles de médecine qui seront dans le voisinage de leurs dépôts.

 

Ils ne devront pas perdre l'occasion d'employer le vaccin de génisse lorsqu'elle se présentera .

 

Le meilleur vaccin étant celui qui est employé de bras à bras, les mères et nourrices qui consentiraient,

dans chaque localité, à laisser prendre sur leurs enfants nouvellement vaccinés le virus nécessaire à la vaccination des militaires, pourront, sur leur demande, recevoir une allocation variant entre 5 à 10 francs.

 

Cette dépense sera acquittée, s’il y a lieu, sur les fonds de la masse générale d'entretien

des corps de troupes (2° portion).

 

Bordeaux, le 23 janvier 1871.

 

Pour le délégué du ministre du département de la guerre :

Le sous-directeur chargé des services médicaux,

 

C. Robin .

 

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Mardi 31 janvier 1871

 

La légion bretonne et son colonel

 

Nous reproduisons d'après « le Salut public de Lyon » en date du 25,

les détails suivants de l’héroïque conduite de la Légion bretonne :

 

On parle de la nomination de M. Domalain,

colonel des francs-tireurs bretons au grade de général de brigade,

et « le Courrier franc-comtois » en racontant quelques-uns des services rendus par la légion bretonne, réclame cette nomination

avec une certaine insistance.

 

Au moment où notre armée a besoin surtout d’officiers jeunes,

déterminés et ayant puisé dans la pratique des combats l’expérience

de la guerre, et surtout de la guerre se science et de ruse

que nous font les prussiens.

 

Il nous semble que de pareils choix seraient les mieux justifiés.

Il nous est venu fortuitement entre les mains un document auquel nous empruntons au courant de la plume

la nomenclature des diverses affaires dans lesquelles s’est trouvé engagé le colonel Domalain.

 

C’est le journal d’un soldat de cette légion, et bien que les renseignements qu’il renferme

n’aient un intérêt rétrospectif, ils démontrent à quel point les corps francs, quand ils ont été bien commandés

et composés d’hommes énergiques, ont rendu service à nos armées régulières.

 

La légion bretonne est le premier corps franc autorisé.

 

Sa formation est due au colonel Domalain, lieutenant de vaisseau distingué de la marine française,

et son entrée en campagne remonte aux premiers jours de septembre, où elle se battait déjà dans les Vosges.

 

Depuis cette époque elle n’a cessé d'être en ligne, soit aux avant-postes de l'armée,

harcelant continuellement les Prussiens, soit sur ses derrières, protégeant les mouvements stratégiques,

toujours face à face, avec l’ennemi.

 

À Coalambé, sur les bords du Rhin, à la Bourgonce, où elle a protégé la retraite en tenant pendant six jours la position de Mont-de-Repos, à 30 kilomètres en arrière de l'armée de Cambriels qui se repliait à Bruyères, à Docelles, Remiremont, Plombières, Fougerolles, Luxeuil, Lure, Vesoul, à Châtillon-le-Duc, (22 e3 23 octobre),

où la légion, culbutant un corps considérable de Prussiens, l'a forcé à battre en retraite

et a empêché l'investissement de Besançon.

 

À cette époque, le colonel Damalain a rejoint l'armée de la Loire, et la légion bretonne a été portée immédiatement

à titre d'éclaireurs de l’armée destinée à marcher sur Paris, à Chevilly.

 

Dans un terrible engagement à Courcelles, où elle a lutté toute une journée contre des forces six fois supérieures,

elle a battu complètement les Prussiens.

 

Nous extrayons d'un rapport officiel le récit de cet engagement :

 

La nuit nous a caché l’importance de notre succès ;

le lendemain seulement nous l'avons connu, quand nous avons appris que les Prussiens, campés au nombre

de 4 à 5,000 à une distance de 2 kilomètres de Courcelles, étaient venus au jour demander, par parlementaire,

à faire enterrer leurs morts, et que leur retraite avait été si bien une déroute

que les champs environnants étaient jonchés de fusils abandonnés sur le champ de bataille.

 

Nos pertes bien que faibles, comparées à celles de l'ennemi sont néanmoins assez fortes :

1 officier tué ;

3 officiers blessés, dont 2 très-grièvement ;

L’adjudant blessé ;

8 hommes morts ;

7 blessés, dont 4 très-grièvement.

 

Je suis heureux de constater que la fin de l'action du 28, à laquelle nous avons pris part,

a été, comme le reste de la journée, un succès pour nos armes.

 

Nous avons, en effet complètement repoussé l'attaque de l’ennemi à l'extrême gauche

et l'avons empêché de nous tourner et de s'opposer à la jonction de l'armée de l'Est à l'armée de la Loire.

 

À partir du 4 décembre, la légion bretonne reçut l’ordre de se maintenir en arrière du mouvement

qui s’accomplissait pour protéger la retraite.

 

Elle passait à Nasploy et cantonnait, à 3 kilomètres de Boiscommun, où les Prussiens se trouvaient en grand nombre.

 

Le 5, elle s’emparait d’un courrier prussien porteur de 6,000 lettres, 1,300 thalers

et de pièces de la plus haute importance, entre autres le plan de campagne de l’armée prussienne,

ses états de pertes jusqu’à ce jour, que le colonel remettait au général Brémond d’Ars,

pour les faire tenir au général Bourbaki.

 

Dans la nuit du 6 au 7 décembre, la légion détruisait, sur ordre, pour intercepter le passage aux prussiens,

une travée du pont suspendu de Sully-sur-Loire.

 

Le 7 à trois heures, le colonel avait à Gien un entretien avec le général Bourbaki et lui remettait

d'autres documents pris sur le courrier prussien et dépouillés pendant la nuit.

 

Sur ces entrefaites, le canon se fit entendre, et le colonel, fidèle à cette voix,

s'empressa d'offrir sa légion pour marcher en avant.

 

Dans la nuit, toute l'armée repassa sur la rive gauche de la Loire, et le colonel Domalain fut chargé de protéger la retraite et de faire sauter le pont de Gien.

 

Le 8, un engagement eut lieu entre les tirailleurs de la légion bretonne et l'artillerie prussienne,

qui ne put établir ses batteries sur le pont de Gien d'où elle aurait pu balayer la route

par laquelle l'armée opérait sa retraite et inquiéter nos colonnes.

 

Grâce aux talents militaires de son chef et à la sollicitude de ses officiers, la légion bretonne a pu se tenant toujours à 15 ou 20 kilomètres en arrière de l'armée protéger cette pénible retraite sans trop souffrir,

et arriver à Bourges avec sept blessés seulement.

 

Depuis elle a occupé la forêt de Vierzon et tenu la ligue de la Ferté-Saint-Aubin à Romorantin, contribuant ainsi à assurer le mouvement opéré par l'armée de la Loire sur l'Est, et elle a rallié l'armée, dont elle suit les mouvements.

Pont de Gien

Pont de Sully sur Loire

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Mardi 31 janvier 1871

 

 

Nous publions avec un vif contentement la lettre suivante, qui vient corroborer les informations que nous avons déjà reproduites dans notre numéro du 21 janvier, information émanant d'un sous-officier de l'armée de Chanzy :

 

Monsieur le Rédacteur de l’Électeur du Finistère

 

Nous apprenons aujourd’hui seulement qu'à Brest le bruit avait couru d'une débandade des Mobilisés de notre ville, à l'affaire de la Tuilerie, lors de la bataille du Mans (11 et 12 janvier).

 

Ce bruit n'a pu, nous le pensons, s'accréditer longtemps parmi nos concitoyens.

 

Il n'en a pas moins ému le bataillon, et nous venons au nom de tous vous prier de rétablir les faits.

 

Les voici dans toute leur simplicité :

 

Le bataillon de Brest, commandant Merle, fait partie de la brigade Le Brun.

 

Aucun des six bataillons, composant la brigade, n'a été engagé à la Tuilerie ;

leur poste était à un kilomètre du point attaqué, dans les bois d'Arnage.

 

Notre bataillon n'a ni donné, ni fui ;

 

les Mobilisés brestois n'ont pas eu de panique, tous par notre voix l'affirment.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur, l'assurance de notre parfaite considération.

 

Signé :

MERLE commandant ;

ANNER, médecin major ;

VIEL, capitaine adjudant-major;

THOMASSET ; HUAU ; LESSER ; MONSIRE ; GODEFROY ; MAGNIER ; LE BLANC ; MICHEL ; DABAN ; LE BIAN, capitaines.

 

Héric (Loire-Inférieure), le 26 janvier 1871.

 

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